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Ce n'est pas
qu'une histoire de chien
écrasé !
Un soir, à Genève : Valentine, jeune
étudiante mannequin, renverse
un chien en essayant de capter une émission de radio
dans sa voiture.
Elle
retrouve le propriétaire de l'animal : un juge
à la retraite (Jean-Louis Trintignant) qui passe ses
journées à espionner de sa vieille maison les
conversations de ses voisins. Il ne s'intéresse pas
du tout au chien, pas plus à Valentine.
Les dialogues suivent, découverte de Valentine par le
juge, du juge par Valentine, des deux personnages par le
spectateur, du genre :
- "Qui êtes-vous
que voulez-vous ?
- Je ne veux rien
- Vous devriez arrêter de respirer !
- C'est une bonne idée, je vais essayer
"
Mais ils finiront aussi par se raconter, nous en saurons un
tout petit peu plus, peut-être même l'essentiel
de leur vie, nous croiserons d'autres personnages, tout un
monde
à la Kieslowski.
"Trois couleurs: Rouge", ainsi que "Trois couleurs: Bleu" et
"Trois couleurs: Blanc" sont maintenant disponibles en DVD,
à l'unité ou ensemble.

"Trois
couleurs : rouge" : un film exceptionnel, une Irène
Jacob exceptionnelle (dans
le rôle de Valentine),
un Jean-Louis Trintigant affuté,
machiavélique, terriblement présent, et puis
une suite de plans, de clairs-obscurs, d'échos
d'autres plans et d'autres films.
Evidemment,
le jeu sur et avec la couleur rouge : voiture, boules du jeu
de quilles, immense affiche rouge qui reprend son profil (le
gilet rouge d'un sauveteur passe à la fin du film
furtivement derrière elle pour recomposer la
même image, qui se fige sur cette nouvelle
coïncidence
et le générique de
fin). Quelques exemples d'un film évidement difficile
à raconter : le visage d'Irène Jacob est
filmé lentement de face, en même temps que son
double en léger profil, dans un miroir sur la droite
( plan presqu'identique à celui de la "Double
Vie
", quand elle va voir son père dans
l'obscurité de la maison nocturne). Autre
séquence hommage à Van den Budenmayer :
Valentine écoute un CD en démonstration du
vrai-faux compositeur (inventé par Preisner
et Kieslowski pour les précédents films) : on
verra même un instant un faux portrait ancien sur la
boîte du CD, ou la version "vynile" sur une table du
Juge
Attention : ce n'est pas qu'un film, c'est loin d'être
un film esthétique. Kieslowski nous montre et nous
parle, fait parler des personnages qui nous sont finalement
très proches. Bref, c'est moins une uvre sur la
"fraternité", que sur l'humanité, et la
rencontre. Celle-ci paraît très improbable,
puisqu'elle réunit deux êtres que tout semble
opposer : le caractère, les préoccupations,
l'âge, l'histoire
et pourtant.
A noter aussi les conversations et les silences
téléphoniques (c'est aussi, dès le
premier plan, la communication et l'incommunication par
téléphone dont il est question), les
personnages secondaires dont les destins et les actes
croisent et parfois répètent ceux du juge Kern
et de Valentine, et, la scène finale, phase
révélation d'autres croisements avec les
autres films des "Trois couleurs".
Extrait
de "Irène
Jacob, le double regard":
J'ai
rêvé de vous, vous aviez quarante ans, et vous
étiez heureuse
Irène.
J'ai quitté la maison obscure, où vous
espionniez toutes ces conversations, sans savoir si vous
aviez raison, et si j'avais ramassé Rita
plutôt pour moi que pour vraiment la sauver. Vous
m'aviez fait douter, encore
J'ai peur, je tremble, et ce n'est pas le café pas
terrible du théâtre qui me
réconfortera ce soir ; plutôt votre
présence, finalement (je vous avais vainement
cherché dans la foule, sous les flashes des
photographes)
quelques paroles que nous aurons
enfin vraiment échangées, vous savez, cette
femme
votre femme, et cet homme. Et tout ce que
vous saviez de moi !
Enfin, j'ai touché votre main à travers la
vitre de la vieille Mercedes
Lucie.
(Tout bas, mais enfin, pas assez)
Ah oui, la main était aussi sur la vitre de la
voiture ! Dans la maison du vieux juge, ce n'est qu'à
la fin que la vitre est brisée, que les langues se
délient ! Valentine et le juge se rencontrent
enfin
Irène.
(Elle poursuit)
La vitre n'était plus, j'avais encore envie de
pleurer, votre départ cette fois, ou la fin du
film
Comme ils s'achèvent trop vite, les
films que l'on aime !
" J'ai rêvé de vous, vous aviez quarante
ans, et vous étiez heureuse ". Qui
êtes-vous, pour dire ça, après
m'avoir blessée, moi aussi, sans un regard pour la
chienne accidentée ? Un vieux juge à la
retraite ? Ce serait trop simple
Un clin
d'il, ou plus, du Destin ? Ni moi, ni Jean-Louis,
ni peut-être même Krzysztof ne savaient
pourquoi vous teniez tant à regarder mon billet de
ferry. Je vous l'avais montré, j'avais aussi la
bouteille d'eau-de-vie de poire à la main,
c'était la nuit, devant le théâtre,
à une heure où l'on peut se dire
Mais
nous n'avions plus rien dit, nous avions souri.
Et me voila naufragée ! De quoi m'a t-on
sauvée exactement ?
L'avenir avec Auguste,
vous y croyez, vous ? Alors, je rencontrerais quelqu'un
que j'ai croisé si souvent ?
Cette plongée c'était aussi, hélas,
mes dernières images avec Kieslowski, une page
tournée

"Valentine est au départ de sa vie et ne sait
quoi faire de ses tristesses, de ses questions (
)
Entre [le juge et elle], il y a un affrontement
entier , qui ouvre à chacun d'autres horizons sur sa
propre existence(
) Tout à coup, une rencontre
vous définit mieux que rien d'autre, vous fait
grandir et devenir plus intimement vous-même.
C'est une
qualité très humaine, que nous avons tous,
mais que nous n'utilisons pas tous, de pouvoir être
révélés par un
autre."
(Irène
Jacob citée par M-N. Tranchant, le Figaro du
16/05/94)
"Rouge a
été pour moi une expérience
bouleversante, du fait que le film se tournait à
Genève, la ville où j'ai grandi
[
] Le tournage a été
extraordinaire pour moi : la rencontre avec Jean-Louis
Trintignant, l'histoire que raconte le film, le travail avec
Krzysztof
[
] Ces trois semaines de
confrontation ont été douloureuses.
[
] Je me souviens d'un jour où je ne
pouvais plus rien avaler. Le paradoxe, c'est que beaucoup de
gens, après avoir vu le film, m'ont dit : "Mais vous
incarnez un personnage très doux !". Cela
m'étonnait, car je pensais avoir joué un
monstre".
Commentaire d'Irène Jacob pour le DVD de Rouge, la
suite (détaillée) sur le
DVD de mk2
DVD:
"ROUGE"
(Three Colors: Red)
est sorti en France en novembre 2001 ainsi que "Bleu" et
"Blanc" (quelques semaines après "Artificial Eye"),
pour en savoir plus: www.mk2.com
Ah! le DVD: vous y trouverez le film, des making-of
(Irène se battant avec les portes du
théâtre, les longues mises au point de la
Technocrane au théâtre et devant
l'appartement
), mais aussi les témoignages de
l'équipe, Kieslowski au travail, et bien sûr
Irène Jacob ne cachant pas, une fois de plus,
son plaisir sur ce tournage (longue intervention
divisée en cinq thèmes
) Et encore Marin
Karmitz nous contant comment Quentin Tarantino, primé
pur "Pulp Fiction", meilleur film à Cannes, avait
remarqué que c'est bien
"Rouge" qui aurait
dû avoir le prix
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©
Piotr Jaxa, all photos for "Red", many
thanks.
Trois
couleurs : rouge"
"Three colors:
Red"/
"Trzy kolory:
Czerwony"
(1994 - France, Pologne - 95
min.
Réalisateur : Krzysztof Kieslowski.
Irène
Jacob est Valentine Dussaut
Avec aussi : Jean-Louis Trintignant, Jean-Pierre Lorit,
Frédérique Feder
Musique : Zbigniew Preisner
Cannes 1994 : sélection officielle ; Prix Georges
Méliès 1994 ; César de la musique 1995
; British Academy Awards 1995 : nomination Meilleure
Actrice
One
night in Geneva: Valentine, a young Swiss student (and
mannequin) hit a dog with her car, triyng to listen to a
(Preisner's) music on radio. She find the owner of the dog,
a retired judge who spyes all the day for phone calls
(Jean-Louis Trintignant). He does not seem to care about
Rita (the dog), even Valentine (the girl). He does not seem
to care about anything. Why? The film try to explain with a
lot of pictures (RED details) and some strange crossings and
meetings

"Red": an exceptional film, exceptional interpreters (Irene
in the role of a young Swiss mannequin: Valentine),
Jean-Louis Trintigant (Retired Judge Kern) machiavelic,
veryy present, then a succession of plans, echoes of other
plans and other films. Obviously, play on and with the red
color: red car, red balls in ninepins, big red poster where
her profile takes shape (the red waistcoat of a rescuer
appears in the end furtively behind her,
to
recompose
the same image, which stops on this new coincidence
then credits). Some examples for a
film
yet
nonrelatable: Irene Jacob's face is slowly filmed face, in
the same time as her double, in slight profile,
in
a mirror
(almost identical to that of "Double life" when she come to
her father in the dark house). Other sequence: homage to Van
den Budenmayer; Valentine is listening to CD in
demonstration of the true-false musician (invented by
Preisner
and Kieslowski for preceding films): one will even see a
false
"old
portrait" on the CD-box (empty! out-of-stock
)
Caution: this film is far from
an
aesthetic
film, with characters very close to us. In short, less about
"fraternity" thanon "humanity". People
meetings
appears
very improbables, since they join together. Two lives that
all seems to oppose: character, concerns,
age,
history
and, yet
Note also conversations and silences on telephone, secondary
characters of which
destinies
and acts cross and sometimes repeat those of the judge Kern
and Valentine, and final revelation; other crossings with
"Blue" and "White".
From
Irène
Jacob, another Glance:
I
left the obscure house, where you listened to so many
conversations
Were
you right? You thought I collected Rita rather for me
than for really saving it. You had made me doubt. I
am
afraid
Bad coffee from theatre's stage will not comfort me this
evening; rather
your
presence,
finally (I had searched you in the crowd, through
flashes), some words which we finally exchanged, you
know, this woman
your wife, and this man
Then, I touched
your
hand
"through" the window of the old Mercedes; I still wanted
to cry, but may be for
your
departure,
or the end of film,
all the films get an end. God,
good movies are so short to us! "I dreamed of you, you
were forty years old, and you were happy ". Who are you,
to say that, after you wounded me too, without a glance
for the fallen dog? An old judge retired? Too simple. A
wink (or more) of the Destiny. Neither me (Valentine or
Irene), neither
Jean-Louis,
nor perhaps even Krzystof knew why you made a point so
much of looking at my ferry-ticket.


"Elle a l'air d'une jeune fille d'Anouilh ;
elle
tombe comme un rayon de lumière,
douce, chaude, gracieuse
"
Figaro
du 16/05/94
"Tu vois, je
voulais, en fait, que cette scène soit
une
bataille entre la fraîcheur et
l'expérience.
Imagine ce qu'est l'espérance. La foi en quelqu'un de
bénéfique !"
K.
Kieslowski, cité par Pierre Murat dans "Telerama,
hors-série La Passion Kieslowski"
"The
filming was a joy - I loved the whole crew. I only worked
with one partner, Irène Jacob. She is a marvellous
woman, as she is a marvellous actress"
Jean-Louis
Trintignant
"(
) Il
s'avère que les
moines
[du lieu de tournage de "Par delà les
nuages"] ne
sont pas de simples cinéphiles, mais de
véritables mordus de
cinéma.
Ils ont
tous vu "Trois couleurs : Rouge" de Kieslowski, l'un
d'entre eux y est même resté trois
séances de suite, si bien qu'il cite certaines des
répliques d'Irène par cur (
) La
soirée est des plus agréables, Irène et
moi sommes bombardés de
questions
"
(Wim Wenders, extrait du Journal de tournage de "Beyond The
Clouds")


"Valentine
is at the beginning
of her
life and do not know what to do with sadness and
questions
Between [ the judge and her],
confrontation opens each one other horizons on his proper
life. Suddenly, a meeting defines
you
better
than nothing other
"
(Irène Jacob citée par M-N. Tranchant, le
Figaro du 16/05/94)
"Both characters are in search of something they don't know
what it is. They have a strong intuition, and they hold the
feeling that they need to do the right thing, and that
they
have to run the risk of accepting these
feelings. In
addition to that, both Veronique and Valentine realize that
being alone isn't enough, they need someone. This really
sounds like Kieslowski".
"Jornal
do Brasil" - Rio de Janeiro (30/10/94)
RED'
(Three Colors: Red) was published in
DVD
november 2002 in France, as well as 'Blue' and 'White', for
more information see www.mk2.com
Miramax DVD to come (March 2003)
last
informations on www.petey.com/kk/ (select chat)
Wooah, the DVD! you will find there not only the movie and
the making of (Irène struggling with the theatre
doors, the long Technocrane setting-ups in the Theatre &
in front of the appartment...), but also testominies from
the team, Kieslowski at work, & of course Irène
Jacob obviously not unhappy, once again, on the set (through
a long session divided into five themes...). And also Marin
Karmitz [the producer] telling how Quentin
Tarantino, whose 'Pulp Fiction' was awarded best movie at
the 1994 Cannes film festival, had noticed that indeed
'Rouge' ought to have received the prize...
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