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 Trois couleurs : rouge - MAJ sept.2003

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Ce n'est pas qu'une histoire de chien écrasé !

Un soir, à Genève : Valentine, jeune étudiante mannequin, renverse un chien en essayant de capter une émission de radio dans sa voiture.

Elle retrouve le propriétaire de l'animal : un juge à la retraite (Jean-Louis Trintignant) qui passe ses journées à espionner de sa vieille maison les conversations de ses voisins. Il ne s'intéresse pas du tout au chien, pas plus à Valentine.
Les dialogues suivent, découverte de Valentine par le juge, du juge par Valentine, des deux personnages par le spectateur, du genre :
- "Qui êtes-vous… que voulez-vous ?
- Je ne veux rien…
- Vous devriez arrêter de respirer !
- C'est une bonne idée, je vais essayer…"
Mais ils finiront aussi par se raconter, nous en saurons un tout petit peu plus, peut-être même l'essentiel de leur vie, nous croiserons d'autres personnages, tout un monde… à la Kieslowski.
"Trois couleurs: Rouge", ainsi que "Trois couleurs: Bleu" et "Trois couleurs: Blanc" sont maintenant disponibles en DVD, à l'unité ou ensemble.



"Trois couleurs : rouge" : un film exceptionnel, une Irène Jacob exceptionnelle (dans le rôle de Valentine), un Jean-Louis Trintigant affuté, machiavélique, terriblement présent, et puis une suite de plans, de clairs-obscurs, d'échos d'autres plans et d'autres films.
Evidemment, le jeu sur et avec la couleur rouge : voiture, boules du jeu de quilles, immense affiche rouge qui reprend son profil (le gilet rouge d'un sauveteur passe à la fin du film furtivement derrière elle pour recomposer la même image, qui se fige sur cette nouvelle coïncidence… et le générique de fin). Quelques exemples d'un film évidement difficile à raconter : le visage d'Irène Jacob est filmé lentement de face, en même temps que son double en léger profil, dans un miroir sur la droite ( plan presqu'identique à celui de la "Double Vie…", quand elle va voir son père dans l'obscurité de la maison nocturne). Autre séquence hommage à Van den Budenmayer : Valentine écoute un CD en démonstration du vrai-faux compositeur (inventé par Preisner et Kieslowski pour les précédents films) : on verra même un instant un faux portrait ancien sur la boîte du CD, ou la version "vynile" sur une table du Juge…
Attention : ce n'est pas qu'un film, c'est loin d'être un film esthétique. Kieslowski nous montre et nous parle, fait parler des personnages qui nous sont finalement très proches. Bref, c'est moins une œuvre sur la "fraternité", que sur l'humanité, et la rencontre. Celle-ci paraît très improbable, puisqu'elle réunit deux êtres que tout semble opposer : le caractère, les préoccupations, l'âge, l'histoire… et pourtant.
A noter aussi les conversations et les silences téléphoniques (c'est aussi, dès le premier plan, la communication et l'incommunication par téléphone dont il est question), les personnages secondaires dont les destins et les actes croisent et parfois répètent ceux du juge Kern et de Valentine, et, la scène finale, phase révélation d'autres croisements avec les autres films des "Trois couleurs".



Extrait de "Irène Jacob, le double regard":

“J'ai rêvé de vous, vous aviez quarante ans, et vous étiez heureuse…”

Irène.
J'ai quitté la maison obscure, où vous espionniez toutes ces conversations, sans savoir si vous aviez raison, et si j'avais ramassé Rita plutôt pour moi que pour vraiment la sauver. Vous m'aviez fait douter, encore…
J'ai peur, je tremble, et ce n'est pas le café pas terrible du théâtre qui me réconfortera ce soir ; plutôt votre présence, finalement (je vous avais vainement cherché dans la foule, sous les flashes des photographes)… quelques paroles que nous aurons enfin vraiment échangées, vous savez, cette femme… votre femme, et cet homme. Et tout ce que vous saviez de moi !
Enfin, j'ai touché votre main à travers la vitre de la vieille Mercedes…

Lucie.
(Tout bas, mais enfin, pas assez)
Ah oui, la main était aussi sur la vitre de la voiture ! Dans la maison du vieux juge, ce n'est qu'à la fin que la vitre est brisée, que les langues se délient ! Valentine et le juge se rencontrent enfin…

Irène.
(Elle poursuit)…
La vitre n'était plus, j'avais encore envie de pleurer, votre départ cette fois, ou la fin du film… Comme ils s'achèvent trop vite, les films que l'on aime !
" J'ai rêvé de vous, vous aviez quarante ans, et vous étiez heureuse ". Qui êtes-vous, pour dire ça, après m'avoir blessée, moi aussi, sans un regard pour la chienne accidentée ? Un vieux juge à la retraite ? Ce serait trop simple… Un clin d'œil, ou plus, du Destin ? Ni moi, ni Jean-Louis, ni peut-être même Krzysztof ne savaient pourquoi vous teniez tant à regarder mon billet de ferry. Je vous l'avais montré, j'avais aussi la bouteille d'eau-de-vie de poire à la main, c'était la nuit, devant le théâtre, à une heure où l'on peut se dire… Mais nous n'avions plus rien dit, nous avions souri.
Et me voila naufragée ! De quoi m'a t-on sauvée exactement ?… L'avenir avec Auguste, vous y croyez, vous ? Alors, je rencontrerais quelqu'un que j'ai croisé si souvent ?
Cette plongée c'était aussi, hélas, mes dernières images avec Kieslowski, une page tournée…



"Valentine est au départ de sa vie et ne sait quoi faire de ses tristesses, de ses questions (…) Entre [le juge et elle], il y a un affrontement entier , qui ouvre à chacun d'autres horizons sur sa propre existence(…) Tout à coup, une rencontre vous définit mieux que rien d'autre, vous fait grandir et devenir plus intimement vous-même.
C'est une qualité très humaine, que nous avons tous, mais que nous n'utilisons pas tous, de pouvoir être révélés par un autre."
(Irène Jacob citée par M-N. Tranchant, le Figaro du 16/05/94)

"Rouge a été pour moi une expérience bouleversante, du fait que le film se tournait à Genève, la ville où j'ai grandi… […] Le tournage a été extraordinaire pour moi : la rencontre avec Jean-Louis Trintignant, l'histoire que raconte le film, le travail avec Krzysztof… […] Ces trois semaines de confrontation ont été douloureuses. […] Je me souviens d'un jour où je ne pouvais plus rien avaler. Le paradoxe, c'est que beaucoup de gens, après avoir vu le film, m'ont dit : "Mais vous incarnez un personnage très doux !". Cela m'étonnait, car je pensais avoir joué un monstre".
Commentaire d'Irène Jacob pour le DVD de Rouge, la suite (détaillée) sur
le DVD de mk2

DVD:
"ROUGE" (Three Colors: Red) est sorti en France en novembre 2001 ainsi que "Bleu" et "Blanc" (quelques semaines après "Artificial Eye"), pour en savoir plus: www.mk2.com
Ah! le DVD: vous y trouverez le film, des making-of (Irène se battant avec les portes du théâtre, les longues mises au point de la Technocrane au théâtre et devant l'appartement…), mais aussi les témoignages de l'équipe, Kieslowski au travail, et bien sûr Irène Jacob ne cachant pas, une fois de plus, son plaisir sur ce tournage (longue intervention divisée en cinq thèmes…) Et encore Marin Karmitz nous contant comment Quentin Tarantino, primé pur "Pulp Fiction", meilleur film à Cannes, avait remarqué que c'est bien… "Rouge" qui aurait dû avoir le prix…


© Piotr Jaxa, all photos for "Red", many thanks.

“Trois couleurs : rouge"
"Three colors: Red"/
"Trzy kolory: Czerwony"
(1994 - France, Pologne - 95 min.
Réalisateur : Krzysztof Kieslowski.
Irène Jacob est Valentine Dussaut
Avec aussi : Jean-Louis Trintignant, Jean-Pierre Lorit, Frédérique Feder…
Musique : Zbigniew Preisner
Cannes 1994 : sélection officielle ; Prix Georges Méliès 1994 ; César de la musique 1995 ; British Academy Awards 1995 : nomination Meilleure Actrice…



One night in Geneva: Valentine, a young Swiss student (and mannequin) hit a dog with her car, triyng to listen to a (Preisner's) music on radio. She find the owner of the dog, a retired judge who spyes all the day for phone calls (Jean-Louis Trintignant). He does not seem to care about Rita (the dog), even Valentine (the girl). He does not seem to care about anything. Why? The film try to explain with a lot of pictures (RED details) and some strange crossings and meetings…



"Red": an exceptional film, exceptional interpreters (Irene in the role of a young Swiss mannequin: Valentine), Jean-Louis Trintigant (Retired Judge Kern) machiavelic, veryy present, then a succession of plans, echoes of other plans and other films. Obviously, play on and with the red color: red car, red balls in ninepins, big red poster where her profile takes shape (the red waistcoat of a rescuer appears in the end furtively behind her, to
recompose the same image, which stops on this new coincidence… then credits). Some examples for a film yet nonrelatable: Irene Jacob's face is slowly filmed face, in the same time as her double, in slight profile, in a mirror (almost identical to that of "Double life" when she come to her father in the dark house). Other sequence: homage to Van den Budenmayer; Valentine is listening to CD in demonstration of the true-false musician (invented by Preisner and Kieslowski for preceding films): one will even see a false "old portrait" on the CD-box (empty! out-of-stock …)… Caution: this film is far from an aesthetic film, with characters very close to us. In short, less about "fraternity" thanon "humanity". People meetings appears very improbables, since they join together. Two lives that all seems to oppose: character, concerns, age, history and, yet…
Note also conversations and silences on telephone, secondary characters of which
destinies and acts cross and sometimes repeat those of the judge Kern and Valentine, and final revelation; other crossings with "Blue" and "White".

From “Irène Jacob, another Glance”:

I left the obscure house, where you listened to so many conversations… Were you right? You thought I collected Rita rather for me than for really saving it. You had made me doubt. I am afraid… Bad coffee from theatre's stage will not comfort me this evening; rather your presence, finally (I had searched you in the crowd, through flashes), some words which we finally exchanged, you know, this woman… your wife, and this man… Then, I touched your hand "through" the window of the old Mercedes; I still wanted to cry, but may be for your departure, or the end of film,… all the films get an end. God, good movies are so short to us! "I dreamed of you, you were forty years old, and you were happy ". Who are you, to say that, after you wounded me too, without a glance for the fallen dog? An old judge retired? Too simple. A wink (or more) of the Destiny. Neither me (Valentine or Irene), neither Jean-Louis, nor perhaps even Krzystof knew why you made a point so much of looking at my ferry-ticket.…






"Elle a l'air d'une jeune fille d'Anouilh ;
elle tombe comme un rayon de lumière, douce, chaude, gracieuse…"
Figaro du 16/05/94

"Tu vois, je voulais, en fait, que cette scène soit une bataille entre la fraîcheur et l'expérience. Imagine ce qu'est l'espérance. La foi en quelqu'un de bénéfique !"
K. Kieslowski, cité par Pierre Murat dans "Telerama, hors-série La Passion Kieslowski"

"The filming was a joy - I loved the whole crew. I only worked with one partner, Irène Jacob. She is a marvellous woman, as she is a marvellous actress"
Jean-Louis Trintignant

"(…)
Il s'avère que les moines [du lieu de tournage de "Par delà les nuages"] ne sont pas de simples cinéphiles, mais de véritables mordus de cinéma. Ils ont tous vu "Trois couleurs : Rouge" de Kieslowski, l'un d'entre eux y est même resté trois séances de suite, si bien qu'il cite certaines des répliques d'Irène par cœur (…) La soirée est des plus agréables, Irène et moi sommes bombardés de questions…"
(Wim Wenders, extrait du Journal de tournage de "Beyond The Clouds")




"Valentine is at the beginning of her life and do not know what to do with sadness and questions… Between [ the judge and her], confrontation opens each one other horizons on his proper life. Suddenly, a meeting defines you better than nothing other…"
(Irène Jacob citée par M-N. Tranchant, le Figaro du 16/05/94)

"Both characters are in search of something they don't know what it is. They have a strong intuition, and they hold the feeling that they need to do the right thing, and that
they have to run the risk of accepting these feelings. In addition to that, both Veronique and Valentine realize that being alone isn't enough, they need someone. This really sounds like Kieslowski".
"Jornal do Brasil" - Rio de Janeiro (30/10/94)

RED' (Three Colors: Red) was published in DVD november 2002 in France, as well as 'Blue' and 'White', for more information see www.mk2.com
Miramax DVD to come (March 2003)… last informations on www.petey.com/kk/ (select chat)
Wooah, the DVD! you will find there not only the movie and the making of (Irène struggling with the theatre doors, the long Technocrane setting-ups in the Theatre & in front of the appartment...), but also testominies from the team, Kieslowski at work, & of course Irène Jacob obviously not unhappy, once again, on the set (through a long session divided into five themes...). And also Marin Karmitz [the producer] telling how Quentin Tarantino, whose 'Pulp Fiction' was awarded best movie at the 1994 Cannes film festival, had noticed that indeed 'Rouge' ought to have received the prize...