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 L'Affaire Marcorelle - MAJ sept.2003

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Nous sommes tous coupables,
et moi un peu plus que les autres…

Cette phrase souligne le début de "l'Affaire Marcorelle". Serge Le Péron présente ainsi le film : "Le scénario est venu de l'idée de la première scène, c'est-à-dire le cauchemar typique d'un homme qui se sent coupable... À partir de là j'ai tiré le fil. (...) Je crois beaucoup à ce pouvoir de la cinéphilie de connecter des mondes hétérogènes. Cette notion d'hétérogénéité d'interpénétration des genres, de mélanges... est constitutive du climat dramatique du film (…) Le film sera sans doute classé dans la catégorie comédie dramatique qui est peu la case fourre-tout. Mais c'est une bonne définition : c'est le meilleur moyen de caractériser le parcours passé, présent et à venir du personnage."

Il y a des airs de déjà vu dans cette mise en scène d'une grande ville de province (cette fois-ci Chambéry) entre flics, chirugiens et magistrature… et pourtant ! Trois acteurs principaux : un Jean-Pierre Léaud fatigué (mais uniquement pour les besoins du scénario et de sa culpabilité intérieure, pour le reste, il est en pleine forme d'acteur !), un Mathieu Amalric étonnant d'arrivisme à peine contenu et … Irène Jacob.
Irène Jacob est souvent… en rouge. On sait que cette couleur lui allait bien, même si elle est plutôt justifiée dans ce film par son appartenance à un réseau de prostitution polonais.
Elle nous joue ici une sorte de "Weronika" bien redescendue de sa planète. Ses leçons de polonais sont remises à profit : elle parle, soupire et crie… en polonais. Pour le reste, elle s'est composée un accent à mi-chemin entre le sien propre et celui de l'Est (résultat moyennement plausible). Attention : pour sa toute première apparition dans le film, il faut patienter vingt minutes. Sourire (que vous aviez déjà remarqué, sans doute) : un peu montant côté droit, à peine descendant côté gauche : et oui, c'est bien elle, la serveuse du restaurant turc ! Je n'avais pas découvert tout de suite une grande "psychologie" dans son personnage, c'est vrai. Pourtant, que cela tienne à son interprétation ou à cette manière du metteur en scène, l'air de rien, de ficeler une histoire qui tient la route, Agnieska reste, au final, un personnage attachant, et une interprétation à (bien) noter.
Les comédiens apportent du bonheur à l'ensemble, qui n'est pas exempt de ce qu'on pourrait appeler de la maladresse, de la lenteur… toutes deux voulues ? Mais c'est un film dont on se souvient : pas forcément contradictoire. Et puis il y a une intrigue (chut !), des personnages qui aiment le cinéma ("Alors vous aussi vous êtes cinéphile ?") , le cheminement d'un homme (Marcorelle) en dedans et au dehors de lui, et -à voir- cette brève scène qui a du inspirer l'affichiste, où les personnages du film se mêlent à ceux du "Fantôme de l'Opéra" de la grande époque noir et blanc, avec le même traitement sépia. Irène Jacob y passe aussi, brièvement.
    
(am)


Quelques répliques
d'Irène Jacob échappées du film
(avec l'accent helvetico-polonais!)…

"C'est vrai que vous n'aimez pas la campagne ? …


Alors comme ça vous aimez le cinéma ?

Vous v'nez pas prendre un verre ? J'ai pas de cognac mais j'ai d'la wodka [revient en leitmotiv !]

[Agnieska, pourquoi m'avez vous invité malgré tous les risques que cela comporte ?]
Parce que j'ai senti que vous étiez seul… moi aussi je me sens seule parfois.

Mon pauvre chéri… mais pourquoi tu es comme ça ? J'ai trouvé un endroit respectable mais je suis étudiante, enfin presque, je me suis inscrite à une capacité en droit ; je préfère me débrouiller seule, j'suis plus une pute maintenant… Si t'avais des pistes pour un boulot c'est le plus important maintenant (…) si tu savais ce qu'elle fait la police…

Je ne pouvais pas, François… depuis le début je ne pouvais que mentir : tu n'es pas arrivé dans ce hlm par hasard, on voulait te compromettre, j'étais l'instrument de cette opération… celui qui est ton ami au Palais, toi aussi il t'a dans le collimateur : il nous a surpris un soir ensemble…"


L'Affaire Marcorelle
(Titre de travail : " Marcorelle n'est pas coupable ")
France - septembre 2000 - 96 min
Réalisateur & scénario :
Serge Le Péron
Production : Euripide Productions
Distribution : Euripide Distribution
Directeur photo : Ivan Koselka
Ingénieur du son: Jean Minondo
Musique : Antoine Duhamel
Montage : Janice Jones
Avec :
Jean-Pierre Léaud (François Marcorelle),
Irène Jacob (Agneska)
Mathieu Amalric (Fourcade),
Philippe Khorsand (Georges),
Dominique Reymond (Claudie M.),
Hélène Surgère (Melle Pingaux),
Philippe Morier-Genoud (commissaire),
Hervé Pierre (Robert Viguier),
Marc Betton (Procureur Puyricard),
Christian Bouillette (Alain Bignon)…
En bref :
Un scénario aux références cinéphiles nous embarque dans un étrange polar où un juge de Chambéry (Jean-Pierre Léaud,) tente d'y voir clair… Alors : coupable, pas coupable ? Quant à Agnieska (Irène Jacob), quel rôle joue-t-elle vraiment dans cette… affaire ?


" We all are guilty, and me a little more than the others ", this sentence underlines the beginning of "The Marcorelle Affair". Some "déja vu" atmosphere: a large provincial town (Chambery in the french Alpes), between cops, surgeons and magistrature... Jean-Pierre Leaud (well-known actor of the french "Nouvelle vague") plays Marcorelle and seems tired (but only for the purpose of scenario) with culpability feeling, Mathieu Amalric acts with an astonishing ambitiousness....
Actors bring happiness to this film, but we feeled awkwardness, slowness... an intrigue exists yet. "Marcorelle" characters really love… cinema ("You also are a film enthusiast?", Irene Jacob said, meeting the Judge), the progression of a man (Marcorelle) inside and outside of him. Notice also the short scene which inspired the poster art , where the characters mingle with those of "Phantom of Opera ", in black and white -you can even see Irene Jacob, briefly.




"Il y avait aussi quelqu'un qui suivait très très fort, c'est Irène. Elle a une puissance et une force insoupçonnées. Je pense qu'il y avait des atomes crochus entre nous. Irène, non seulement suivait, mais parfois me dépassait dans ma démarche. On s'entraînait l'un l'autre…"
Jean-Pierre Léaud (l'Humanité - 13 sept 2000)

"Le personnage d'Agnieska était très difficile à distribuer ... Lorsque j'ai pensé à Irène s'était un parti-pris cinéphilique ...
Serge Le Péron

"Ni tout à fait comédie ni tout à fait polar, un pied dans la folie douce et l'autre dans la noirceur des "affaires" fin de siècle, le film de Serge Le Péron a tout d'un joyeux chiffonnier : tiroirs, caches secrètes, pièges à garçons, rien ne manque à ce meuble délicieusement chabrolien. Les quinquagénaires y font triste mine. Les trentenaires montrent les dents (…) Les femmes sont lubriques, mythomanes et calculatrices, et les classiques du cinéma fantastique sont autant de fantasmes à mouliner dans la vraie vie. (…) c'est parfaitement jubilatoire.'
(Le nouveau cinéma, septembre 2000)

"…en plus, dans ce film, elle est vraiment très bien : la scène d'hystérie, ça ne doit pas être facile à jouer!'
(Marielle, octobre 2001)




"Pour résumer, on dirait que c'est une affaire bizarre, inattendue, qui se passe de nos jours. (…) C'est un film à tiroirs ; on ne sait pas sur quoi on marche. Un film personnel pour Serge Le Péron avec un sujet d'actualité intéressant "Comment s'engager aujourd'hui ?" (…) Ici, ce sont les désirs individuels qui sont mis en avant. On se rencontre sur le désir, mais pas sur autre chose. Des désirs d'ambition ou de sexualité, et non pas sur les idées. (…)
Serge a un oeil très fin, très juste, qui cherche quelque chose d'humain plutôt qu'une perfection. Il met les gens dans une atmosphère très humaine. Du coup, j'ai pensé qu'il y avait beaucoup de liberté pour que les choses se passent."
((Interview pour Allo-cine, sept 2000)

"Dans l'Affaire Marcorelle, il [Jean-Pierre Léaud] était légendaire, un vrai partenaire…"
(La Nouvelle République…, novembre 2001)

"Quand j'ai lu le scénario, je me suis dit "C'est pas possible !" Et puis finalement, j'ai beaucoup aimé le rôle. Tout ça a été un peu de l'impro. Je ne connais pas l'accent polonais. Je n'ai pas eu un coach polonais. Ce n'était pas du tout ce que Serge voulait. Pour lui, l'accent était comme un autre vêtement du personnage. "
(l'Humanité, juillet 2000)

"Le personnage d'Agnieska est quelqu'un que Serge a rencontré, du coup cela donnait une touche très personnelle au film et ça m'a interessé"
(Interview Cannes 2000)

"(…)bien sûr, on sait que c'est une fille qui ment, mais on ne sait pas si elle ment. C'est un tiroir. Une autre réalité peut sortir du canapé ou du placard [rires]"
(
IJ)