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 La Lettre d'une inconnue - MAJ sept.2003

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Comment peut-on ne pas la reconnaître ?
Vienne. Albert Rank, écrivain célèbre, sort d'une séance de dédicace. Arrivé chez lui, il trouve dans son courrier… la lettre d'une"inconnue" : une femme l'a aimé depuis son plus jeune âge d'un "amour éternel et muet", amour qu'elle n'avoue qu'au moment de sa mort prochaine, dans une longue lettre passionnée…

Très longtemps on ne verra qu'une main fatiguée, on n'entendra que la voix d'Irène Jacob lire cette longue lettre. Après les premiers émois de Rose enfant, nous la voyons devenue adulte (Irène Jacob) revenir à Vienne, dans l'espoir de revoir celui qu'elle avait aimé secrètement. Pourtant… elle avait tout imaginé sauf "Que tu pourrais ne pas me reconnaître" .
Le film prévu initialement début 2002 sur France 3 est finalement été diffusé sur "Festival" en juin 2002, puis enfin sur France 3… le 22 décembre 2003.
Diffusion suivie d'un hommage à Christine Gouze-Rénal, disparue en octobre 2002, "le" producteur du film, a propos de laquelle s'exprimaient J. Deray, J.Cl. Carrière, Ch.Thompson et Irène Jacob qui quant à elle : "Cet amour des projets qu'elle faisait, sa force, sa féminité, son esprit d'entreprise… son ouverture et puis sa marque sur les choses…"
Dans ce film, le dernier de la productrice (150 films !), Jacques Deray et Jean-Claude Carrière ont évité avec un certain talent le double piège du "sentimentalisme" et de la comparaison avec la version mythique d'Ophüls (à revoir absolument, par ailleurs).

Irène m'a demandé ce que j'en pensais…
Aïe, aïe, aïe, je ne l'avait vue qu'une fois, partiellement, cette version. Et la terrible vérité, c'est que j'avais toujours bien plus en tête la version d'Ophüls, sans parler du texte de Zweig, si propice à créer sa propre musique, ses propres images…
Mais voilà, j'ai pris le temps de la revoir, pour de bon, cette lettre, Irène. Et moins distrait qu'Albert Rank.
Alors maintenant, je peux le dire : mes moments préférés, ce sont (peut-être) la scène de danse avec un petit moment de folie (dans l'esprit de "Fugueuses", toutes proportions gardées) - et surtout, à la sortie de l'opéra, la manière dont l'inconnue affirme soudain son langage et son attitude pour provoquer une nouvelle rencontre (sans grand espoir) avec celui qui, elle le sait déjà, ne l'a toujours pas reconnue… les calculs engendrés par l'amour qu'on imagine derrière ces regards et ces quelques mots prononcés sans trembler.
Bref, deux séquences où elle n'est plus la jeune amoureuse maladive, mais une femme qui se bat pour reconquérir ; pas si fragile que ça, Rose, après tout ce qu'elle a connu, et ce qu'elle doit encore souffrir.
Et dire qu'elle ne lui en veut pas, qu'elle lui cache toujours son nom, dire qu'il ne la reconnaîtra que quand il sera trop tard !
Ce que j'ai moins aimé ? Certains éclairages… des contre-jours aux halos un peu trop appuyés… Ah, et puis, qu'on ne fasse pas mourir Irène Jacob à la fin, enfin pas comme ça ! Déjà dans "Fugueuses; aussi on la retrouvait noyée, très vite. Tout cela, c'est la faute à Kieslowski : quelle idée aussi de faire mourir Weronika à moins d'une demi-heure du début.
Seulement voilà, l'inconnue n'avait qu'une vie. Et un seul amour.
(am, juillet 2002)


La Lettre d'une Inconnue
"Brief einer Unbekannten"/"Letter from an Unknown Woman"
2001 - 90 min - France
Réalisateur : Jacques Deray - France

Irène Jacob est l'inconnue
(Enfin, Rose, dans l'adaptation de Jean-Claude Carrière).

Avec aussi : Joachim Bissmeier, David Cameron, Karlheinz Hackl, Patricia Hirschbichler, Roland Jaeger, Nina Proll, Klaus Rott, Dagmar Schwarz, Christopher Thompson…