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Comment
peut-on ne pas la
reconnaître ?
Vienne.
Albert Rank, écrivain célèbre, sort
d'une séance de dédicace. Arrivé chez
lui, il trouve dans son courrier
la lettre
d'une"inconnue" : une femme l'a aimé depuis son plus
jeune âge d'un "amour éternel et muet", amour
qu'elle n'avoue qu'au moment de sa mort prochaine, dans une
longue lettre passionnée
Très longtemps
on ne verra qu'une main fatiguée, on n'entendra que
la voix d'Irène Jacob lire cette longue lettre.
Après les premiers émois de Rose enfant, nous
la voyons devenue adulte (Irène Jacob) revenir
à Vienne, dans l'espoir de revoir celui qu'elle avait
aimé secrètement. Pourtant
elle avait
tout imaginé sauf "Que tu pourrais ne pas me
reconnaître" .
Le film prévu initialement début 2002 sur
France 3 est finalement été diffusé sur
"Festival" en juin 2002, puis enfin sur France 3
le 22
décembre 2003.
Diffusion suivie
d'un hommage à Christine Gouze-Rénal,
disparue en octobre 2002, "le" producteur du film, a propos
de laquelle s'exprimaient J. Deray, J.Cl. Carrière,
Ch.Thompson et Irène Jacob qui quant à elle :
"Cet amour des projets qu'elle faisait, sa force, sa
féminité, son esprit d'entreprise
son
ouverture et puis sa marque sur les
choses
"
Dans ce film, le
dernier de la productrice (150 films !), Jacques Deray et
Jean-Claude Carrière ont évité avec un
certain talent le double piège du "sentimentalisme"
et de la comparaison avec la version mythique d'Ophüls
(à revoir absolument, par ailleurs).
Irène m'a demandé ce que j'en pensais
Aïe, aïe, aïe, je ne l'avait vue qu'une fois,
partiellement, cette version. Et la terrible
vérité, c'est que j'avais toujours bien plus
en tête la version d'Ophüls, sans parler du texte
de Zweig, si propice à créer sa propre
musique, ses propres images
Mais voilà, j'ai pris le temps de la revoir, pour de
bon, cette lettre, Irène. Et moins distrait qu'Albert
Rank.
Alors maintenant, je peux le dire : mes moments
préférés, ce sont (peut-être) la
scène de danse avec un petit moment de folie (dans
l'esprit de "Fugueuses", toutes proportions gardées)
- et surtout, à la sortie de l'opéra, la
manière dont l'inconnue affirme soudain son langage
et son attitude pour provoquer une nouvelle rencontre (sans
grand espoir) avec celui qui, elle le sait
déjà, ne l'a toujours pas reconnue
les
calculs engendrés par l'amour qu'on imagine
derrière ces regards et ces quelques mots
prononcés sans trembler.
Bref, deux séquences où elle n'est plus la
jeune amoureuse maladive, mais une femme qui se bat pour
reconquérir ; pas si fragile que ça, Rose,
après tout ce qu'elle a connu, et ce qu'elle doit
encore souffrir.
Et dire qu'elle ne lui en veut pas, qu'elle lui cache
toujours son nom, dire qu'il ne la reconnaîtra que
quand il sera trop tard !
Ce que j'ai moins aimé ? Certains
éclairages
des contre-jours aux halos un peu
trop appuyés
Ah, et puis, qu'on ne fasse pas
mourir Irène Jacob à la fin, enfin pas comme
ça ! Déjà dans "Fugueuses; aussi on la
retrouvait noyée, très vite. Tout cela, c'est
la faute à Kieslowski : quelle idée aussi de
faire mourir Weronika à moins d'une demi-heure du
début.
Seulement voilà, l'inconnue n'avait qu'une vie. Et un
seul amour.
(am, juillet 2002)
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La Lettre d'une
Inconnue
"Brief
einer Unbekannten"/"Letter from an Unknown
Woman"
2001 -
90 min - France
Réalisateur : Jacques Deray -
France
Irène
Jacob est l'inconnue
(Enfin, Rose, dans l'adaptation de Jean-Claude
Carrière).
Avec
aussi : Joachim Bissmeier, David Cameron, Karlheinz Hackl,
Patricia Hirschbichler, Roland Jaeger, Nina Proll, Klaus
Rott, Dagmar Schwarz, Christopher Thompson
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