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"Les cinq performances d'Irène Jacob"
ou "De
l'art (difficile) de la one-woman-show"
Dans l'ancien théâtre "Molière", la
scène est au niveau des premiers sièges : sol
noir, piano voilé de noir, câbles,
haut-parleurs, mur nu, rouge patiné, du fond de
scène
Le public a fini par s'installer, remplissant in extremis le
parterre et les deux premiers balcons, les conversations
boulot-régime-"on m'a dit que" se taisent, la
lumière inonde un bouquet de fleurs posé
à terre.
Berthe Trépat (mais oui, c'est bien Irène!)
apparaît, avec des faux airs de star : lunettes et
perruque monstrueuses
rassurez-vous, le pianiste
reprendra le rôle de Berthe.
Car, en collant et maillot noir, adossée à la
muraille (dehors, "il fait un temps de cochon" !),
Irène Jacob commence son récit. Elle se
transformera successivement en récitante, encore en
Oliveira, en Berthe Trépat, en une série de
personnages, apostrophant la salle, incarnant avec toujours
cette apparente "facilité" les personnages de ce
concert fantastique.
Le pianiste est présent mais discret, ce qui nous
autorise à parler d'un one-woman-show.
Vous l'entendez donc seule, ou accompagnée
d'elle-même, répétant sa propre voix,
sonorisée ou murmurant sur scène, criant s'il
le faut pour couvrir les terribles accords de "Rose Bod". Le
texte de Cortazar a pris de nouveaux accents
Voilà, vous aurez sûrement reconnu le jeu
d'Irène Jacob, découvert d'autres expressions
parfois ; trois quart d'heure ou plutôt l'espace d'un
instant trop court.
A( la représentation du 13 juin, elle n'a pas
craqué aux sonneries
répétées
d'un portable dans la
salle, modifiant légèrement son texte à
l'occasion.)
Pourquoi l'art difficile ? Parce qu'il faut à chaque
représentation éveiller un public composite
(ceux venus pour le théâtre et les autres pour
la musique), raconter une histoire et incarner plusieurs
personnages sur une scène presque vide, avec un
manteau, une perruque, une paire de lunettes et deux
chaises. Ainsi, le 14 et le 15 se sont
déroulés avec bonheur, dixit Irène et
le metteur en scène, et le 16 il a fallu jouer devant
une salle plus difficile : une petite centaine s'est
d'ailleurs éclipsée à la manière
du texte original, pendant la seconde partie
musicale
Nous voilà en appétit
pour une prochaine
pièce peut-être plus consistante !
(am,
juin 2002)
Irène
Jacob: voix, Benoit Delbecq, piano
(jazz
"contemporain", pour simplifier)
Exprimant la
passion de Julio Cortazar pour la musique, d'après le
roman "Marelle", les textes prennent corps et voix
avec Irène Jacob. Musique (on reconnaîtra, peut
être, brièvement, Léo
Delibes,Saint-Saens
) échantillonnages du piano
et de la voix (mesurés) au programme
Mise en scène de Jérôme Kircher.
Ce
spectacle était suivi d'une seconde partie purement
musicale avec François Houle et Michael Moore aux
clarinettes, Steve Arguüelles, batterie et
électroniques, J-J Avenel, contrebasse). Le tout avec
la technique de l'Ircam.

C'est
bien elle ! (©alain
martin)

"Il y a un peu
plus de dix ans, nous avions donné lecture de ce
chapitre 23 de Marelle (
) dans le sous-sol de
la Nef des Fous, une petite librairie du Marais (
)
Nous avons souhaité garder l'esprit intuitif et
improvisé de nos premiers élans. Une lecture
ouverte, comme en rebond de ce fil existentiel invisible que
Cortazar avait su éveiller en nous au travers des
méandres de son passionnat
roman."
Irène
Jacob et Benoît Delbecq, sur le programme bien
imprimé.

"La, je
la trouve meilleure qu'au cinéma : elle devrait faire
[encore] du
théatre."
(Marielle)
"Non là,
Irène Jacob, ça m'a mis en rogne
Karine
Viard, c'est une vraie actrice : elle est très
convaincante, elle a une vraie formation et une
personnalité. C'est à peu près la seule
en France qui risque de surnager un peu dans cette
génération
[d'actrices]"
(Une
femme dans la salle, "anonyme")
"C'est alors
qu'Oliveira se souvint qu'on lui avait donné un
programme. C'était une feuille mal
ronéotypée
où l'on déchiffrait avec peine que Mme Berthe
Trépat, médaille d'or, allait jouer les
Trois mouvements discontinus de Rose Bob
(première audition) [
]
Il restait quatre personnes dans la salle et Oliveira pensa
qu'il se devait d'aller s'asseoir au premier rang pour mieux
soutenir la pianiste [
]
il s'écoulait une longue seconde, une seconde
sans fin, un temps désespérément vide
entre Oliveira et Berthe Trépat seuls dans la salle.
[
]
Très intéressant, dit-il. Croyez-moi, Madame,
j'ai écouté votre concert avec un
véritable intérêt."
(Extraits
de "Marelle" de Julio Cortazar)
>
Benoit Delbecq:
"Transposition d'origine picturale,
polyrythmie multipliée par la diversité des
timbres, vitesses d'élocution
simultanées...
on est loin des préoccupations des
néo-boppers." (JAZZMAN)
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©
alain martin
«L'étourdissante
performance de Berthe Trépat, pianiste
médaille
d'or
»
June 2001: (based on Julio Cortazar's novel
"Marelle". vocals: Irene Jacob, piano: Benoit Delbecq,
("contemporary" jazz), followed by a musical session with
François Houle and Michael Moore, clarinets, J-J
Avenel, double bass. Directed by Jerome Kircher.

©
alain martin

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