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1, 2,
3
non : six DVD Kieslowski en mai
2003 !

UN
COFFRET DE 4 DVD :
La
Cicatrice
(1976)
"Un
grand complexe chimique doit être construit dans une
petite ville
Le directeur est convaincu que,
grâce à son énergie, il va construire,
sans faire de compromis un complexe chimique et aussi un
site où les gens vivront dans le bonheur, sans
conflit. Mais
les habitants ne sont pas d'accord.
Est-il possible d'accomplir des tâches sociales
compliquées sans céder aux différentes
pressions, sans paraître compromis ? Est-il possible
d'envisager le futur quand on est entouré par la dure
réalité quotidienne ?" (extrait plaquette
mk2 diffusion)
Le film (101'), "Bouquet de chansons" (15'),
commentaires de Thierry Jousse, Slawomir Idzak, Michal
Zarnecki, Agnieska Holland
(total = 170 ')
L'Amateur
(1979)
"Je
crois que j'ai écrit l'Amateur pour Jerzy Stuhr
Le protagoniste se découvre une véritable
fascination pour le cinéma en faisant un "home movie"
en 8 mm à la naissance de sa fille
Vous pouvez
consacrer plus de temps à votre famille si vous
travaillez en usine mais, a contrario, l'attention que vous
portez à votre famille lorsque vous faites du
cinéma est plus intense, plus explicite. Parce que,
justement, vous vous sentez coupalbe -cela je le resssens-
de ne pas leur accorder assez de temps et
d'attention.
Pourquoi Filip, le fou de cinéma ,
détruit-il son film à la fin ? Il se rend tout
simplement compte qu'il s'est enfermé dans un
piège, et que tout en faisant ces films d'amateur
avec de bonnes intentions, ils peuvent être
utilisés avec de mauvaises intentions. Cela m'est
arrivé. Je n'ai jamais vraiment détruit mes
films. Mais si j'avais su que la censure allait confisquer
les bobines de "Station", j'aurais exposé la
pellicule avant qu'elle soit confisquée !"
(Krzysztof Kieslowski, "Kieslowski on Kieslowski"
1993)
Le film (107'), "Têtes parlantes" (15'),
commentaires de Thierry Jousse, Krzysztof Zanussi, Annette
Insdorff, Agnieska Holland
Sans
fin
(1984)
"Je
ne connaissais rien aux systèmes juridiques et je n'y
connaissais personne
j'ai rencontré Krzysztof
Piesiewicz
pour être honnête il ne me fit
pas confiance tout de suite. Grâce à lui nous
avons eu enfin la permission de tourner lors d'une audience
militaire devant le public
quelque chose
d'étrange se passa : les juges n'ont pas rendu leur
sentence et la renvoyèrent sine die
Je me suis
alors rendu compte qu'il était très difficle
qu'une camra puisse filmer de face la douleur de quelqu'un,
et que les juges ne souhaitaient pas non plus être
filmés lorsqu'ils devaient prononcer des sentences
injustes
Mais l'essentiel pour moi est l'aspect
métaphysique du film : l'homme qui a une conscience
sans tâche ne peut rien faire. Sa pureté
mène une bataille perdue et il finira par
disparaître
Ces temps ne sont pas faits pour
lui." (Krzysztof Kieslowski, "Kieslowski on Kieslowski"
1993)
Le film (103'), "Le Bureau" (6'), commentaires de
Thierry Jousse, Grazyna Szapolowska, Jacek Petrycki
(total = 165 ')
Le hasard
(1981)
"Comme "Tu ne tueras point", "Le hasard" brille d'abord par
la clarté de sa construction : celle d'un conte
philosophique. Selon qu'il prend le train en marche ou qu'il
le manque, se heurte sur le quai à un homme en
uniforme ou rencontre une amie, la destinée de Witek
devient toute différente. De plus, là comme
ici, la savante simplicité de la charpente contraste
avec l'éveil, le vivacité, le sens du
détail cru, la rapidité des notations,
l'honnête recherche de la justesse" (Alain Masson
dans Positif n°334, 1988) Kieslowski
précisait que c'est de la troisième version de
la destinée de Witek qu'il se semblait le plus
proche
parce que "finalement, c'est notre destin
à tous, de mourir dans un avion, un accident, sur un
lit d'hôpital !"
Le film (114'), "Exercices d'ateliers" (12'),
commentaires de Thierry Jousse, Annette Insdorff, Agnieska
Holland, Irena Strzakowska
Deux DVD à l'unité :
Tu
ne tueras point (1988)
Le
film (81'), "Le Point de vue d'un gardien de nuit"
(17'), commentaires de Thierry Jousse, Slawomir Idzak,
Annette Insdorff, Agnieska Holland, Antonin Liehm
(total = 137 ')
Brève histoire
d'amour
Le film (83'), "Tramway" (17'), commentaires de
Thierry Jousse, Grazyna Szapolowska, Annette Insdorff,
Emmanuel Finkiel
(total = 129)
(Et aussi les 3 DVD "Trois couleurs : Bleu, Blanc, Rouge"
disponibles depuis fin 2001, par 3 ou à
l'unité).

(Ah, ah,
ah: "un autre regard!" Extrait de l'entretien avec Grazsyna
Szapolowska sur le DVD "Sans fin")
En savoir
plus sur le cinéaste : http://site.voila.fr/Kieslowski
http://site.voila.fr/DeaKieslowski
(Mémoires de Caroline Cottier)
In English, more about Kieslowski, filmography:
www.patoche.org/kieslowski
"La
culture polonaise tout entière a toujours
été dominée par une tradition "civique"
(
) Comme la Pologne, en tant qu'Etat, avait
été absente des cartes durant un siècle
et demi, l'art et la culture constituaient le lieu
privilégié des débats portant sur les
modèles de la vie sociale, sur le rôle de
l'individu (
) Cela a toujours imposé à
l'art polonais un certain engagement, et l'empêchait
par conséquent d'être un pur jeu de formes
esthétiques, de sensibilités et
d'atmosphères : il ne pouvair se limiter à
briller grâce à des paradoxes ou à
éblouir par l'invention.Telle a toujours
été sa faiblesse -mais également le
symptôme de sa santé."
Andrzej Wajda, préface à "Le Cinéma
polonais" de Jacek Fuksiewicz (Editions du Cerf, Paris,
1989)
Le point de vue
(de nuit) d'un amateur!
D'abord, me
direz-vous, quel est le rapport entre les films anciens
de Krzysztof Kieslowski et Irène Jacob ? A
Rousset, Irène déclarait aux équipes de
Miramax que le premier film de Krzysztof qu'elle avait vu
était "Brève histoire d'amour". Et puis on l'a
aussi revue à Lodz en décembre 2002 pour
discuter avec les étudiants lors des rencontres
Camerimages
Croiser dans les festivals quelques-uns de ceux qui
travaillaient avec Kieslowski, en parler avec eux c'est
partager immédiatement leur passion pour l'homme et
pour l'uvre. De quoi inciter à voir et revoir
les titres d'AVANT "Le Décalogue" !
Difficile
de vous fournir ici un compte-rendu détaillé
de l'ensemble des films et compléments de programme.
Sachez simplement que :
1) Les films sont excellents (si on aime Kieslowski) et
la copie impeccable ;
2) Chaque DVD contient un "court" assez rare de Kieslowski,
à ne pas zapper !
3) Les commentaires sont nombreux et riches. A parcourir
sans crainte : ils sont subdivisés en sous-chapitres,
et réservent de bonnes surprises ; pas que des
anecdotes, des commentaires bien sentis aussi sur l'homme et
le cinéaste. On y apprend souvent quelque chose.
4) Comme le déclare Zanussi dans les DVD :
"Après Cannes il y a eu un miracle : le
Décalogue a eu un grand écho alors les gens
se sont souvenus que ses autres films étaient
très bons
".
La plupart d'entre nous accomplissent le même
parcours : après la phase révélation de
"La Double Vie", "Le Décalogue" ou "Trois Couleurs",
c'est donc une occasion unique (après les Festivals
!) de découvrir l'uvre de Kieslowski. Pas "un
retour en arrière", mais bien la suite d'une
découverte
sans fin.
Car, souvenons-nous des démarches ou des ruses
qu'il a fallu pour visionner sur grand écran et sur
cassette "l'Amateur" ou "le Hasard"
sans parler des
courts
6 DVD ! Rien que pour les films, c'est déjà
presque trop beau ! Mais, en prime, chaque galette contient
plus d'une heure d'entretiens avec des personnalités
: Slawomir Idziak, Agnieszka Holland, Zanussi
ou
encore Grazyna Szapolowska
Et puis, j'allais oublier, les couvertures sont
réussies : sobres, pelliculage mat, vernis brillant :
quand on a découvert "Tu ne tueras point" couverture
noire-intérieur rouge
on craquerait pour
"Brève histoire d'amour" couverture
rouge-intérieur noir ! Quant aux 4 DVD du coffret,
ils sont bien dans des pochettes séparées qui
évitent les chutes et autres pépins.
 
(on
reconnait l'interface des DVD de la Trilogie Bleu, Blanc,
Rouge de mK2, sobre et efficace !)
Les films
pourraient même paraître un peu trop propres
à ceux qui les connaissent
déjà
mais ce serait de la
nostalgie, qu'on peut encore se permettre dans les
premières secondes, à l'arrivée de
l'inéluctable générique TOR.
Après, NIE WIEM !
personnellement, je n'ai pas de
préféré : tous ces films, je les ai
découverts puis aimés. Ils étaient
conçus et dirigés avec sensibilité et
talent, ceci doit expliquer cela. Et je garde ce même
sentiment partagé : me croire soudainement
très intelligent parce que le cinéaste place
mon regard de spectateur sur ce que je n'aurais pas
cherché ou trouvé moi-même, que je
considère soudain comme essentiel, un stimulant pour
d'autres découvertes
Et puis, a contrario, un
grand désespoir de créateur ou de
créatif : comment réaliser le dixième
de ce qu'il a insufflé à ses films, cette
maîtrise de tous les éléments, du
scénario au montage ?
après ça,
on peut toujours tenter "un autre regard", mais tout est
bien pâle !
First of all, some impressions, to start. Which connection
between older Kieslowski's films and Irene Jacob? In Rousset
(France, 2002), Irene told Miramax that the first KK's film
she has seen was "Short Story about Love". I since crossed
some who worked with Kieslowski in festivals: their passion
for the man and the works brought me to see movies before
"The Double life of Veronique" and "The Decalogue"!
I remember what one had to do to view "Camera Buff" or
"Chance" in theatre or on a rare tape!
Then
mk2 DVD are coming: one? no
two? no
SIX! Great, just for the movies. Well, consider now you can
get -on the same disc- more than one hour of discussions
with personalities such as Slawomir Idziak, Agnieszka
Holland, Zanussi
Grazyna Szapolowska ("First Love" and
"No End" actress)?
The films are clean: without scars, spots, too clean?! That
would be nostalgia: one can still feels nostalgia, seeing
old credits for TOR production. AFTER, NIE WIEM !
I have to preference: I like all of these films (that is to
say I spend two days to see the all collection !)
I
like them, sure
because they were conceived and
directed with sensitivity and talent, this must be an
explaination.
I will surely always keep the same mixed feeling: feeling
like suddenly very intelligent because the director take my
eyes to spots and crossings I would not have seen or found
by myself, some essential things
but also feeling
a great despair as a creator: how can one compare with a
such sharp director, a such inspirated artist?

Kieslowski ?
Loyal, sensible, timide,
ambitieux
Jacek
Petrycki (qui
a tourné "I'm so-so", seul long véritable
portrait du cinéaste, à part "Dialogues"
tourné pendant "La Double Vie de Véronique"
mais aussi "making-off") hésite de longues secondes,
pèse ses mots :
"Il était
loyal, sensible
précis
(10 secondes de silence)
dévoué
il était le
maître."
D'autres tentent l'exercice, nous vous
laissons les découvrir au hasard des
disques !
Ainsi, Grazyna Szapolowska très reconnaissante
car "Brève Histoire d'Amour" reste le film qui lui "a
ouvert les portes des studios du monde entier", parle aussi
de son énergie, sa précision, mais affirme que
quand elle n'était pas d'accord avec lui, elle
l'appelait pour en parler. Une surprise au détour
d'un entretien
elle nous livre un regret : que
Kieslowski ne se soit pas assez souvenu des acteurs polonais
de cette époque (lui qu'on dit partout attentif
et fidèle !), que, très timide mais
certainement ambitieux, il ait voulu faire des films pour
l'Amérique, comme "Rouge" (qui n'a pas assez bien
marché), qu'il ait voulu se mesurer aux plus grands,
jusqu'à "un certain snobisme pour des acteurs
occidentaux" (suivez son regard)
Les petites
préfaces de Thierry Jousse : autre porte
d'entrée !
Ah,
ah ! Thierry Jousse, celui qui avait écrit sur
lemasqueetlaplume.com à propos des derniers
Kieslowski : "C'est un produit complètement
fabriqué, qui se veut universaliste, monolithique,
mièvre. Je ne suis pas envoûté :
c'est très maniéré. Le fondu
enchaîné final : c'est du pire Lelouch ! ".
Mais le même avait écrit un très bon
"Eloge d'un vivisecteur "à propos de Sans Fin,
alors
je suis bien content de le retrouver dans ces
préfaces, bien que toujours masqué. (Phase
révélation le 23 mai prochain à la Fnac
Etoile à 18h00)
Oui, car on ne le voit pas, c'est comme au
ciné-club : diaporama des images-clés du
film, débit en voix-off très très
rapide (c'est où, le ralenti sur la
télécommande ?).
Par exemple, pour "Sans fin", le ton est donné en
quelques formules-clés : un film de
fantômes, mais aussi le soin apporté
à semer des détails étranges dans le
comportement d'Ula, indices ou pièges pour le
spectateur , dans un film pessimiste de Kieslowski. Ou le
"Hasard", présenté schématiquement
comme les trois choix existentiels donnés au
héros, suivant qu'il attrape ou pas un train dans une
gare, sur fond d'engagement politique, mais aussi un film
particulièrement riche où, comme à
chaque fois chez Kieslowski, la virtuosité et les
niveaux de lecture multiples n'empèchent pas une
étonnante simplicité (apparente) du
récit. Riche mais limpide.
Commentaire instructif, sérieux, de Thierry Jousse
qui conduit élégamment au début du film
sans repasser par le menu : car, après quelques
phrases bien senties, on avait envie de voir le film, c'est
évident !
Il a dit :
(à propos de "Brève Histoire d'Amour")
"Débarrassé de tout surmoi
socio-politique, Kieslowski est ici au plus près de
l'intime, dans un région où seuls quelques
grands cinéastes ont osé s'aventurer,
réconciliant à sa façon, en un seul
film, Hitchcok et Bergman."
(à propos de "L'Amateur") "
sans
doute un des films les plus émouvants de Kieslowski,
un de ses plus personnels aussi, un de ceux où il se
livre le plus directement d'autant plus qu'il met en jeu de
manière tendue et remarquable les rapports complexes
entre l'individu et le collectif, le cinéma et la
vie."
Une
forte capacité à se remettre en question et
évoluer!
Sentiment
partagé par Slawomir Idziak (chef opérateur
sur "La Cicatrice"
et tant d'autres) et Agnieska
Holland (cinéaste issue de l'école de Lodz, a
collaboré à de nombreuses reprises avec
Krzysztof).
Le premier explique qui explique qu'il a
préparé "La Cicatrice" avec lui, puis
tourné. A ce moment, on ne regardait pas les rushes
tous les soirs
Au bout d'une quinzaine de jours, aux
projections, Kieslowski a tout trouvé
très mauvais ! Il était embarrassé par
le traitement trop conventionnel, ne savait plus quoi
faire
Alors Slawek a proposé de reprendre les
prises de vues, avec une lumière très simple,
à l'épaule, etc. "Tout se passait dans un
même lieu, c'était encore
possible"
"Alors en une nuit nous avons tout refait
!".
Même réaction pour Agnieska a qui Krzysztof
demande un jour son avis sur un premier montage du "Hasard".
"J'ai trouvé cela pas bon du tout" ,explique
t-elle avec son constant sourire au cours de ces entretiens.
Mais ce qui l'étonne le plus, c'est que Kieslowski
soit revenu lui présenter quelques temps après
une nouvelle version entièrement
différente, et magnifique : celle que nous
connaissons.

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"J'ai rempli mes poumons d'air et ce fut tout. "
Gros plan sur un ballon de basket un peu
dégonflé, au pied du piano de Jacek.
"J'ai pensé à ma culture de melons sur le
balcon."
(Ah, à quoi pensent les morts aux derniers instants
?)
"Je voyais Ula un peu d'en haut. J'ai même
été un peu surpris parce qu'au fond,
j'étais toujours au volant.
j'ai pensé que j'aurais pu revenir à
moi si j'avais voulu. Mais c'était bien mieux
ainsi."
Puis il observe sa veuve, et avec lui nous voyons Ula
(l'excellente Grazina de "Brève Histoire d'Amour")
servir
deux verres de café. Deux ? Sans rien
dire, elle verse dans l'évier le verre de trop.
Cette scène et tout le reste de "Sans fin", je le
repasserais
en boucle
Une
histoire à revoir SANS
FIN
"Maître!"
Un homme assis en a repéré un autre qui avance
avec deux verres de café à la main, dans une
grande cafeteria (c'est Bardini, le chef d'orchestre de "la
Double Vie de Véronique")
-Vous êtes seul ?
- Seul.
- Et ce café ?
- C'est pour vous !
L'homme aux cafés s'assied et dit simplement :
- J'ai pensé que vous me feriez signe !
Il est avocat. Il faut savoir que pour ce
scénario, Kieslowski a réutilisé les
éléments d'un documentaire qu'il comptait
tourner sur un procès, et la collaboration de
Krzysztof Pieciewicz, alors avocat, a permis de reconstituer
très précise les dialogues et la vie du Palais
de Justice
Nos deux hommes discutent justement d'une "ruse
d'avocat"
L'avocat se lève ensuite, se dirige vers l'homme
jeune qui l'attendait à l'étage (tiens, comme
il ressemble à cette figure étrange qu'on voit
passer dans les épisodes du "Décalogue"
le géomètre qui tente arrête le taxi
où Iatzek va perpétuer son meurtre et doit
alors penser : "Tu ne tueras point"
)
L'avocat lui dit tout aussi calmement : "Va te chercher un
autre café. Le juge a bu le tien !"
Un détail, deux verres de café
et
Kieslowski nous a encore manipulé !
D'ailleurs le films a commencé étrangement :
un cimetière, des centaines de photophores brillant
dans la nuit, sur les tombes, la musique de Preisner, lente
et grave. Puis une main en gros plan, une main qui effleure
sans plus pouvoir la caresser vraiment, la tête d'un
enfant
son petit garçon, Jacek. Et le
héros, d'abord un reflet dans des vitres, vient nous
lancer en face à face :
"Je suis
mort
il y a quatre jours
j'ai eu peur de
ressentir une douleur au cur"
Problème cardiaque, encore : comme Weronika, Ola
(Décalogue 9) ou Krzysztof lui-même

Jacek
Petrycki : nous voulions tourner une suite d'"I'M
SO-SO"
Jacek
Petrycki, chef opérateur, court extrait d'un long
entretien :
"Rien à voir avec les réalisateurs
célèbres à la grande gueule !
Sa devise c'était le calme
le calme. Et
il répétait souvent qu'il était plus
important que la maquilleuse apporte son enfant à
l'école que de commencer le film à
l'heure.
Nous avions toujours cette conscience que le film n'est pas
plus important que la vie."
Dans le chapitre "Du documentaire à la fiction", il
rappelle que Kieslowski puisait dans sa propre
réalité, ainsi la grossesse puis
l'accouchement de sa femme Marysia pour "Premier Amour" :
"Il voulait faire ce que j'appelle des films de
structure qui consistent a observer la
réalité et à la penser comme uns
structure close. Ainsi, du ventre plat de la femme à
la naissance de l'enfant
"Premier Amour"
était le premier film à suggérer qu'on
ne devait pas traiter les gens comme cela. Ainsi nous
savions que des gens dénonçaient ceux qui
habitaient "au noir". Mais le policier est venu parce que
nous les avions dénoncés. Ils auraient pu
[le jeune couple du film, NDLR] avoir
d'énormes problèmes. On a donc engagé
un policier pour qu'il fasse semblant, mais sans
conséquences. Il y avait donc des
éléments de fiction, mais ça restait
dans la limite du genre.
Aussi, pour le film suivant :"CV", on a écrit le
CV imaginaire d'un homme du parti qui passe devant une
commission pour être jugé. C'était la
vraie Commission
et ils se sont vraiment
divisés, disputés pendant le tournage
pour le héros on n'a pas pris un acteur : un amateur
qui a appris son rôle
"
"L'Amateur", c'était un règlement de compte
avec lui-même, oui, mais pas seulement comme
réalisateur de documentaire, plutôt comme
artiste. Il voulait montrer un homme proche de notre
métier : le film est ce qui est au plus près
de la réalité et de la vie. Kieslowski voulait
montrer la magie et la fascination à l'idée de
la possibilité de créer, mais après il
y a des trucs pas clairs : la politique, la misère
humaine
DR
A
propos d'I'm so-so ?
"Faire un film sur Kieslowski était aussi facile que
de travailler avec lui : il était amical, très
coopératif, prenait soin de nous mettre à
l'aise. Il intervenait quand nous étions trop
délicats. Mais oui, nous étions
stressés : nous savions que c'était une chance
unique au monde.
J'ai filmé une discussion où en envisageait de
tourner une deuxième partie sans lui, avec des images
d'archives, et une autre où il disait qu'il fallait
aller plus loin
au fond de l'âme. Il faut aller
jusqu'au bout, ce qu'il disait
toujours
"
©alain martin/www.irenejacob.net
"TU
NE TUERAS POINT" ne sera jamais désolé !
Car
c'est bien plus qu'un film sur la désolation
de la Pologne des années 80 ou la peine de mort comme
nous l'avons entendu à la Cinémathèque
(de Paris) récemment, et si je passerais bien encore
une heure ou deux à la fenêtre de "
Brève histoire d'amour ", j'apprécie tout
particulièrement la justesse de "l'Amateur" :
là aussi, au-delà de l'alerte sur la
responsabilité complexe du cinéaste,
même pour de simples courts-métrages
documentaires, un film autobiographique y compris dans ses
nuances, un regard ému sur des personnages,
tenaillés entre leur passion du cinéma et leur
propre vie. Il faut voir Jerzy Stuhr se disputer avec sa
femme et lui répondre en la "cadrant" entre ses
doigts comme dans le viseur, ou encore retourner la
caméra vers lui à la fin du film : deux images
qu'on n'oublie pas. Et il y en a d'autres !
Le film est interdit au moins de douze ans, ce n'est pas par
hasard : certaines scènes sont
particulièrement dures parce qu'elles montrent une
violence réaliste, bien plus crédible et plus
horribles que celle des films dits "violents".
Pour ceux qui vont le découvrir sur ce DVD,
Kieslowski filme la lente progression de l'idée
d'un meurtre, le meurtre lui-même, puis
l'exécution (la corde) en quelque sorte le
deuxième assassinat du film. Dans les trois parties,
la même précision encore à la limite du
documentaire (détails curieux mais qui sonnent vrais,
sûrement aussi puisés dans l'observation des
gens pour Kieslowski et du comportement des criminels pour
Pieciewicz). Les héros sont kieslowskiens, donc ni
blancs ni noirs : ainsi, le chauffeur de taxi commet
quelques actes antipathiques avant le crime et on pourrait
avoir "envie de le tuer" ; Jazek a la tête de
"quelqu'un qui va mal tourner", mais en même temps on
pense, on espère même jusqu'à la fin
qu'il va renoncer : une discussion avec un portraitiste, un
sourire aux petites filles qui lui rappelent sa sur
morte, le regard d'un homme juste avant de s'engager sur la
route déserte où il sera trop tard pour
reculer

Au
hasard des bonus
quand la productrice de Kieslowski
parle !
Une
surprise encore, les propos d'Irena Strzakowska pour en
savoir un peu plus sur les rapports entre Kieslowski et ses
commanditaires : "ils lui disaient ce qu'il fallait
couper
mais c'est quand même lui qui les avait
écrit !!!". Elle précise qu'il était
tout juste aimable, ne parlant pas à certains
que, par contre, ils se sont vraiment rencontrés "le
jour où il a jeté un paquet de feuilles sur
mon bureau en disant : tiens, si tu as le temps, lis
ça !"
Ca, c'était le scénario du
"Décalogue". Ce jour là, elle s'est mise
à table, a ouvert le document et en a lu les quatre
premières parties d'un trait avant de s'apercevoir
que son repas était froid
Elle emploie le mot
génial, qu'elle n'aime pas, parce que "c'était
magnifiquement écrit" !
"L'AMATEUR"
: des bonus très
pros
Agnieszka Holland en parle (interview en
français) comme d'un collègue de Lodz qui
illustrait bien le principe de collaboration et d'entraide
des cinéastes dans cette école. Elle raconte
encore que pour "l'Amateur", ils avaient eu au même
moment un peu la même idée de film. Puis, il
lui a demandé son aide pour la mise en scène
du début du film (La naissance d'Irenka
) et
elle ajoute, souriante : je crois qu'il n'a pas
gardé grand-chose de mon travail !
Elle pense que la récompense de Moscou ("l'Amateur"
primé
comme dans le film !) n'a pas
été qu'un bien pour Kieslowski. Elle a
jeté une ombre sur son travail par rapport aux autres
cnéastes
même si on le savait très
honnête.
L'entretien est plus un constat de la solidarité et
des relations cordiales dans leur travail commun qu'une mine
de renseignements sur le film lui-même.
Annette Insdorff donne sa perception de Kieslowski en
tant que traductrice (polonais-anglais) et bien sûr
auteur du livre "Doubles vies, secondes chances" : ils se
sont rencontrés essentiellement sur les voyages
américains de présentation des films
("L'Amateur", "Le hasard", "La Double Vie" et "la
Trilogie").
Elle évoque des faits relativement connus de ceux
qui ont étudié Kieslowski où on
assisté à quelque festival, mais qui
constituent une bonne introduction pour ceux qui le
découvrent.
Nous avons été plus attirés par les
propos de Zanussi, qui figure dans "L'Amateur" dans son
propre rôle de cinéaste !
"C'était une relation ou l'amitié
passait"
raconte Krzysztof Zanussi qui
a travaillé avec lui sur les productions polonaises
(Zanussi étant le "supérieur" de Kieslowski
puis le premier spécialisé dans les
productions polonaises et le second vers
l'international)
"Il se disait pessimiste mais il ne l'était pas
: il se protégeait contre la naïveté,
contre un enthousiasme facile
"
"Il aimait les gens, il était cordial. Il les
rudoyait parfois mais de la manière de ceux qui
tiennent aux autres. Et il voulait que ses collègues
fassent des progrès
"
"Le drame de Kieslowski c'est qu'il a été
reconnu un peu tard et que si ça avait
été à 30 au lieu de 50 ans
il
aurait peut-être eu un succès moins
amer
"
On y découvre, dans un long entretien, un Zanussi
très attaché à la personnalité
de l'autre Krzysztof

Stop, stop,
stooooop !
Nous ne pouvons vous donner que quelques extraits, mais il y
a des trésors à dénicher dans
l'ensemble des interviews
Ce qu'il manque à ces DVD? Vous le savez : sortir
de la salle et discuter avec de nouvelles rencontres de tout
cela (pourquoi pas autour d'une wodka!). Car vous allez
avoir du mal à prèter vos DVD pour
échanger vos impressions
Et puis zut, il manque aussi un petit mot de Krzysztof
Pieciewicz (le co-scénariste de plusieurs des
films présentés), c'aurait été
bien. Mais là, je deviens très exigeant.
(am)

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