Kieslowski

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 Douze films "rares" de Kieslowski en DVD - MAJ 8 novembre 2003

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1, 2, 3… non : six DVD Kieslowski en mai 2003 !


UN COFFRET DE 4 DVD :

La Cicatrice (1976)
"Un grand complexe chimique doit être construit dans une petite ville… Le directeur est convaincu que, grâce à son énergie, il va construire, sans faire de compromis un complexe chimique et aussi un site où les gens vivront dans le bonheur, sans conflit. Mais… les habitants ne sont pas d'accord. Est-il possible d'accomplir des tâches sociales compliquées sans céder aux différentes pressions, sans paraître compromis ? Est-il possible d'envisager le futur quand on est entouré par la dure réalité quotidienne ?" (extrait plaquette mk2 diffusion)
Le film (101'), "Bouquet de chansons" (15'), commentaires de Thierry Jousse, Slawomir Idzak, Michal Zarnecki, Agnieska Holland… (total = 170 ')
• L'Amateur (1979)
"Je crois que j'ai écrit l'Amateur pour Jerzy Stuhr… Le protagoniste se découvre une véritable fascination pour le cinéma en faisant un "home movie" en 8 mm à la naissance de sa fille… Vous pouvez consacrer plus de temps à votre famille si vous travaillez en usine mais, a contrario, l'attention que vous portez à votre famille lorsque vous faites du cinéma est plus intense, plus explicite. Parce que, justement, vous vous sentez coupalbe -cela je le resssens- de ne pas leur accorder assez de temps et d'attention.…Pourquoi Filip, le fou de cinéma , détruit-il son film à la fin ? Il se rend tout simplement compte qu'il s'est enfermé dans un piège, et que tout en faisant ces films d'amateur avec de bonnes intentions, ils peuvent être utilisés avec de mauvaises intentions. Cela m'est arrivé. Je n'ai jamais vraiment détruit mes films. Mais si j'avais su que la censure allait confisquer les bobines de "Station", j'aurais exposé la pellicule avant qu'elle soit confisquée !" (Krzysztof Kieslowski, "Kieslowski on Kieslowski" 1993)
Le film (107'), "Têtes parlantes" (15'), commentaires de Thierry Jousse, Krzysztof Zanussi, Annette Insdorff, Agnieska Holland…
Sans fin (1984)
"Je ne connaissais rien aux systèmes juridiques et je n'y connaissais personne… j'ai rencontré Krzysztof Piesiewicz… pour être honnête il ne me fit pas confiance tout de suite. Grâce à lui nous avons eu enfin la permission de tourner lors d'une audience militaire devant le public… quelque chose d'étrange se passa : les juges n'ont pas rendu leur sentence et la renvoyèrent sine die… Je me suis alors rendu compte qu'il était très difficle qu'une camra puisse filmer de face la douleur de quelqu'un, et que les juges ne souhaitaient pas non plus être filmés lorsqu'ils devaient prononcer des sentences injustes… Mais l'essentiel pour moi est l'aspect métaphysique du film : l'homme qui a une conscience sans tâche ne peut rien faire. Sa pureté mène une bataille perdue et il finira par disparaître… Ces temps ne sont pas faits pour lui." (Krzysztof Kieslowski, "Kieslowski on Kieslowski" 1993)
Le film (103'), "Le Bureau" (6'), commentaires de Thierry Jousse, Grazyna Szapolowska, Jacek Petrycki… (total = 165 ')
• Le hasard (1981)
"Comme "Tu ne tueras point", "Le hasard" brille d'abord par la clarté de sa construction : celle d'un conte philosophique. Selon qu'il prend le train en marche ou qu'il le manque, se heurte sur le quai à un homme en uniforme ou rencontre une amie, la destinée de Witek devient toute différente. De plus, là comme ici, la savante simplicité de la charpente contraste avec l'éveil, le vivacité, le sens du détail cru, la rapidité des notations, l'honnête recherche de la justesse" (Alain Masson dans Positif n°334, 1988) Kieslowski précisait que c'est de la troisième version de la destinée de Witek qu'il se semblait le plus proche… parce que "finalement, c'est notre destin à tous, de mourir dans un avion, un accident, sur un lit d'hôpital !"…
Le film (114'), "Exercices d'ateliers" (12'), commentaires de Thierry Jousse, Annette Insdorff, Agnieska Holland, Irena Strzakowska…


Deux DVD à l'unité :
• Tu ne tueras point (1988)
Le film (81'), "Le Point de vue d'un gardien de nuit" (17'), commentaires de Thierry Jousse, Slawomir Idzak, Annette Insdorff, Agnieska Holland, Antonin Liehm… (total = 137 ')
• Brève histoire d'amour
Le film (83'), "Tramway" (17'), commentaires de Thierry Jousse, Grazyna Szapolowska, Annette Insdorff, Emmanuel Finkiel… (total = 129)

(Et aussi les 3 DVD "Trois couleurs : Bleu, Blanc, Rouge" disponibles depuis fin 2001, par 3 ou à l'unité).


(Ah, ah, ah: "un autre regard!" Extrait de l'entretien avec Grazsyna Szapolowska sur le DVD "Sans fin")

En savoir plus sur le cinéaste : http://site.voila.fr/Kieslowski
http://site.voila.fr/DeaKieslowski (Mémoires de Caroline Cottier)
In English, more about Kieslowski, filmography:
www.patoche.org/kieslowski

"La culture polonaise tout entière a toujours été dominée par une tradition "civique" (…) Comme la Pologne, en tant qu'Etat, avait été absente des cartes durant un siècle et demi, l'art et la culture constituaient le lieu privilégié des débats portant sur les modèles de la vie sociale, sur le rôle de l'individu (…) Cela a toujours imposé à l'art polonais un certain engagement, et l'empêchait par conséquent d'être un pur jeu de formes esthétiques, de sensibilités et d'atmosphères : il ne pouvair se limiter à briller grâce à des paradoxes ou à éblouir par l'invention.Telle a toujours été sa faiblesse -mais également le symptôme de sa santé."
Andrzej Wajda
, préface à "Le Cinéma polonais" de Jacek Fuksiewicz (Editions du Cerf, Paris, 1989)



Le point de vue (de nuit) d'un amateur!

D'abord, me direz-vous, quel est le rapport entre les films anciens de Krzysztof Kieslowski et Irène Jacob ? A Rousset, Irène déclarait aux équipes de Miramax que le premier film de Krzysztof qu'elle avait vu était "Brève histoire d'amour". Et puis on l'a aussi revue à Lodz en décembre 2002 pour discuter avec les étudiants lors des rencontres Camerimages…
Croiser dans les festivals quelques-uns de ceux qui travaillaient avec Kieslowski, en parler avec eux c'est partager immédiatement leur passion pour l'homme et pour l'œuvre. De quoi inciter à voir et revoir les titres d'AVANT "Le Décalogue" !

Difficile de vous fournir ici un compte-rendu détaillé de l'ensemble des films et compléments de programme. Sachez simplement que :
1) Les films sont excellents (si on aime Kieslowski) et la copie impeccable ;
2) Chaque DVD contient un "court" assez rare de Kieslowski, à ne pas zapper !
3) Les commentaires sont nombreux et riches. A parcourir sans crainte : ils sont subdivisés en sous-chapitres, et réservent de bonnes surprises ; pas que des anecdotes, des commentaires bien sentis aussi sur l'homme et le cinéaste. On y apprend souvent quelque chose.
4) Comme le déclare Zanussi dans les DVD : "Après Cannes il y a eu un miracle : le Décalogue a eu un grand écho alors les gens se sont souvenus que ses autres films étaient très bons…".
La plupart d'entre nous accomplissent le même parcours : après la phase révélation de "La Double Vie", "Le Décalogue" ou "Trois Couleurs", c'est donc une occasion unique (après les Festivals !) de découvrir l'œuvre de Kieslowski. Pas "un retour en arrière", mais bien la suite d'une découverte… sans fin.
Car, souvenons-nous des démarches ou des ruses qu'il a fallu pour visionner sur grand écran et sur cassette "l'Amateur" ou "le Hasard"… sans parler des courts…
6 DVD ! Rien que pour les films, c'est déjà presque trop beau ! Mais, en prime, chaque galette contient plus d'une heure d'entretiens avec des personnalités : Slawomir Idziak, Agnieszka Holland, Zanussi… ou encore Grazyna Szapolowska…
Et puis, j'allais oublier, les couvertures sont réussies : sobres, pelliculage mat, vernis brillant : quand on a découvert "Tu ne tueras point" couverture noire-intérieur rouge… on craquerait pour "Brève histoire d'amour" couverture rouge-intérieur noir ! Quant aux 4 DVD du coffret, ils sont bien dans des pochettes séparées qui évitent les chutes et autres pépins.


(on reconnait l'interface des DVD de la Trilogie Bleu, Blanc, Rouge de mK2, sobre et efficace !)

Les films pourraient même paraître un peu trop propres à ceux qui les connaissent déjà… mais ce serait de la nostalgie, qu'on peut encore se permettre dans les premières secondes, à l'arrivée de l'inéluctable générique TOR.
Après, NIE WIEM ! …personnellement, je n'ai pas de préféré : tous ces films, je les ai découverts puis aimés. Ils étaient conçus et dirigés avec sensibilité et talent, ceci doit expliquer cela. Et je garde ce même sentiment partagé : me croire soudainement très intelligent parce que le cinéaste place mon regard de spectateur sur ce que je n'aurais pas cherché ou trouvé moi-même, que je considère soudain comme essentiel, un stimulant pour d'autres découvertes… Et puis, a contrario, un grand désespoir de créateur ou de créatif : comment réaliser le dixième de ce qu'il a insufflé à ses films, cette maîtrise de tous les éléments, du scénario au montage ?… après ça, on peut toujours tenter "un autre regard", mais tout est bien pâle !
First of all, some impressions, to start. Which connection between older Kieslowski's films and Irene Jacob? In Rousset (France, 2002), Irene told Miramax that the first KK's film she has seen was "Short Story about Love". I since crossed some who worked with Kieslowski in festivals: their passion for the man and the works brought me to see movies before "The Double life of Veronique" and "The Decalogue"!
I remember what one had to do to view "Camera Buff" or "Chance" in theatre or on a rare tape!
Then… mk2 DVD are coming: one? no… two? no… SIX! Great, just for the movies. Well, consider now you can get -on the same disc- more than one hour of discussions with personalities such as Slawomir Idziak, Agnieszka Holland, Zanussi… Grazyna Szapolowska ("First Love" and "No End" actress)?
The films are clean: without scars, spots, too clean?! That would be nostalgia: one can still feels nostalgia, seeing old credits for TOR production. AFTER, NIE WIEM !
I have to preference: I like all of these films (that is to say I spend two days to see the all collection !)… I like them, sure… because they were conceived and directed with sensitivity and talent, this must be an explaination.
I will surely always keep the same mixed feeling: feeling like suddenly very intelligent because the director take my eyes to spots and crossings I would not have seen or found by myself, some essential things… but also feeling a great despair as a creator: how can one compare with a such sharp director, a such inspirated artist?




Kieslowski ? Loyal, sensible, timide, ambitieux…
Jacek Petrycki (qui a tourné "I'm so-so", seul long véritable portrait du cinéaste, à part "Dialogues" tourné pendant "La Double Vie de Véronique" mais aussi "making-off") hésite de longues secondes, pèse ses mots :
"Il était… loyal, sensible… précis (10 secondes de silence)… dévoué… il était le maître."
D'autres tentent l'exercice, nous vous laissons les découvrir au hasard des disques !
Ainsi, Grazyna Szapolowska très reconnaissante car "Brève Histoire d'Amour" reste le film qui lui "a ouvert les portes des studios du monde entier", parle aussi de son énergie, sa précision, mais affirme que quand elle n'était pas d'accord avec lui, elle l'appelait pour en parler. Une surprise au détour d'un entretien… elle nous livre un regret : que Kieslowski ne se soit pas assez souvenu des acteurs polonais de cette époque (lui qu'on dit partout attentif et fidèle !), que, très timide mais certainement ambitieux, il ait voulu faire des films pour l'Amérique, comme "Rouge" (qui n'a pas assez bien marché), qu'il ait voulu se mesurer aux plus grands, jusqu'à "un certain snobisme pour des acteurs occidentaux" (suivez son regard) …


Les petites préfaces de Thierry Jousse : autre porte d'entrée !
Ah, ah ! Thierry Jousse, celui qui avait écrit sur lemasqueetlaplume.com à propos des derniers Kieslowski : "C'est un produit complètement fabriqué, qui se veut universaliste, monolithique, mièvre. Je ne suis pas envoûté : c'est très maniéré. Le fondu enchaîné final : c'est du pire Lelouch ! ". Mais le même avait écrit un très bon "Eloge d'un vivisecteur "à propos de Sans Fin, alors… je suis bien content de le retrouver dans ces préfaces, bien que toujours masqué. (Phase révélation le 23 mai prochain à la Fnac Etoile à 18h00)
Oui, car on ne le voit pas, c'est comme au ciné-club : diaporama des images-clés du film, débit en voix-off très très rapide (c'est où, le ralenti sur la télécommande ?).
Par exemple, pour "Sans fin", le ton est donné en quelques formules-clés : un film de fantômes, mais aussi le soin apporté à semer des détails étranges dans le comportement d'Ula, indices ou pièges pour le spectateur , dans un film pessimiste de Kieslowski. Ou le "Hasard", présenté schématiquement comme les trois choix existentiels donnés au héros, suivant qu'il attrape ou pas un train dans une gare, sur fond d'engagement politique, mais aussi un film particulièrement riche où, comme à chaque fois chez Kieslowski, la virtuosité et les niveaux de lecture multiples n'empèchent pas une étonnante simplicité (apparente) du récit. Riche mais limpide.
Commentaire instructif, sérieux, de Thierry Jousse qui conduit élégamment au début du film sans repasser par le menu : car, après quelques phrases bien senties, on avait envie de voir le film, c'est évident !
Il a dit :
(à propos de "Brève Histoire d'Amour")  "Débarrassé de tout surmoi socio-politique, Kieslowski est ici au plus près de l'intime, dans un région où seuls quelques grands cinéastes ont osé s'aventurer, réconciliant à sa façon, en un seul film, Hitchcok et Bergman."
(à propos de "L'Amateur")  "…sans doute un des films les plus émouvants de Kieslowski, un de ses plus personnels aussi, un de ceux où il se livre le plus directement d'autant plus qu'il met en jeu de manière tendue et remarquable les rapports complexes entre l'individu et le collectif, le cinéma et la vie."


Une forte capacité à se remettre en question et évoluer!…
…Sentiment partagé par Slawomir Idziak (chef opérateur sur "La Cicatrice"… et tant d'autres) et Agnieska Holland (cinéaste issue de l'école de Lodz, a collaboré à de nombreuses reprises avec Krzysztof).
Le premier explique qui explique qu'il a préparé "La Cicatrice" avec lui, puis tourné. A ce moment, on ne regardait pas les rushes tous les soirs… Au bout d'une quinzaine de jours, aux projections, Kieslowski a tout trouvé… très mauvais ! Il était embarrassé par le traitement trop conventionnel, ne savait plus quoi faire… Alors Slawek a proposé de reprendre les prises de vues, avec une lumière très simple, à l'épaule, etc. "Tout se passait dans un même lieu, c'était encore possible"…"Alors en une nuit nous avons tout refait !".
Même réaction pour Agnieska a qui Krzysztof demande un jour son avis sur un premier montage du "Hasard". "J'ai trouvé cela pas bon du tout" ,explique t-elle avec son constant sourire au cours de ces entretiens. Mais ce qui l'étonne le plus, c'est que Kieslowski soit revenu lui présenter quelques temps après une nouvelle version entièrement différente, et magnifique : celle que nous connaissons.



"J'ai rempli mes poumons d'air et ce fut tout. "
Gros plan sur un ballon de basket un peu dégonflé, au pied du piano de Jacek.
"J'ai pensé à ma culture de melons sur le balcon."
(Ah, à quoi pensent les morts aux derniers instants ?)
"Je voyais Ula un peu d'en haut. J'ai même été un peu surpris parce qu'au fond, j'étais toujours au volant.
j'ai pensé que j'aurais pu revenir à moi si j'avais voulu. Mais c'était bien mieux ainsi."
Puis il observe sa veuve, et avec lui nous voyons Ula (l'excellente Grazina de "Brève Histoire d'Amour") servir …deux verres de café. Deux ? Sans rien dire, elle verse dans l'évier le verre de trop.
Cette scène et tout le reste de "Sans fin", je le repasserais… en boucle…

Une histoire à revoir SANS FIN…
"Maître!"
Un homme assis en a repéré un autre qui avance avec deux verres de café à la main, dans une grande cafeteria (c'est Bardini, le chef d'orchestre de "la Double Vie de Véronique")
-Vous êtes seul ?
- Seul.
- Et ce café ?
- C'est pour vous !
L'homme aux cafés s'assied et dit simplement :
- J'ai pensé que vous me feriez signe !
Il est avocat. Il faut savoir que pour ce scénario, Kieslowski a réutilisé les éléments d'un documentaire qu'il comptait tourner sur un procès, et la collaboration de Krzysztof Pieciewicz, alors avocat, a permis de reconstituer très précise les dialogues et la vie du Palais de Justice…
Nos deux hommes discutent justement d'une "ruse d'avocat"…
L'avocat se lève ensuite, se dirige vers l'homme jeune qui l'attendait à l'étage (tiens, comme il ressemble à cette figure étrange qu'on voit passer dans les épisodes du "Décalogue"… le géomètre qui tente arrête le taxi où Iatzek va perpétuer son meurtre et doit alors penser : "Tu ne tueras point"…)
L'avocat lui dit tout aussi calmement : "Va te chercher un autre café. Le juge a bu le tien !"
Un détail, deux verres de café… et Kieslowski nous a encore manipulé !
D'ailleurs le films a commencé étrangement : un cimetière, des centaines de photophores brillant dans la nuit, sur les tombes, la musique de Preisner, lente et grave. Puis une main en gros plan, une main qui effleure sans plus pouvoir la caresser vraiment, la tête d'un enfant… son petit garçon, Jacek. Et le héros, d'abord un reflet dans des vitres, vient nous lancer en face à face :

"Je suis mort… il y a quatre jours… j'ai eu peur de ressentir une douleur au cœur"…
Problème cardiaque, encore : comme Weronika, Ola (Décalogue 9) ou Krzysztof lui-même…


Jacek Petrycki : nous voulions tourner une suite d'"I'M SO-SO"…

Jacek Petrycki, chef opérateur, court extrait d'un long entretien :
"Rien à voir avec les réalisateurs célèbres à la grande gueule ! Sa devise c'était le calme… le calme. Et il répétait souvent qu'il était plus important que la maquilleuse apporte son enfant à l'école que de commencer le film à l'heure.
Nous avions toujours cette conscience que le film n'est pas plus important que la vie."
Dans le chapitre "Du documentaire à la fiction", il rappelle que Kieslowski puisait dans sa propre réalité, ainsi la grossesse puis l'accouchement de sa femme Marysia pour "Premier Amour" : "Il voulait faire ce que j'appelle des films de structure qui consistent a observer la réalité et à la penser comme uns structure close. Ainsi, du ventre plat de la femme à la naissance de l'enfant…"Premier Amour" était le premier film à suggérer qu'on ne devait pas traiter les gens comme cela. Ainsi nous savions que des gens dénonçaient ceux qui habitaient "au noir". Mais le policier est venu parce que nous les avions dénoncés. Ils auraient pu [le jeune couple du film, NDLR] avoir d'énormes problèmes. On a donc engagé un policier pour qu'il fasse semblant, mais sans conséquences. Il y avait donc des éléments de fiction, mais ça restait dans la limite du genre.
Aussi, pour le film suivant :"CV", on a écrit le CV imaginaire d'un homme du parti qui passe devant une commission pour être jugé. C'était la vraie Commission… et ils se sont vraiment divisés, disputés pendant le tournage… pour le héros on n'a pas pris un acteur : un amateur qui a appris son rôle…"
"L'Amateur", c'était un règlement de compte avec lui-même, oui, mais pas seulement comme réalisateur de documentaire, plutôt comme artiste. Il voulait montrer un homme proche de notre métier : le film est ce qui est au plus près de la réalité et de la vie. Kieslowski voulait montrer la magie et la fascination à l'idée de la possibilité de créer, mais après il y a des trucs pas clairs : la politique, la misère humaine…

DR

A propos d'I'm so-so ?
"Faire un film sur Kieslowski était aussi facile que de travailler avec lui : il était amical, très coopératif, prenait soin de nous mettre à l'aise. Il intervenait quand nous étions trop délicats. Mais oui, nous étions stressés : nous savions que c'était une chance unique au monde.
J'ai filmé une discussion où en envisageait de tourner une deuxième partie sans lui, avec des images d'archives, et une autre où il disait qu'il fallait aller plus loin… au fond de l'âme. Il faut aller jusqu'au bout, ce qu'il disait toujours…"

©alain martin/www.irenejacob.net

"TU NE TUERAS POINT" ne sera jamais désolé !

Car c'est bien plus qu'un film sur la désolation de la Pologne des années 80 ou la peine de mort comme nous l'avons entendu à la Cinémathèque (de Paris) récemment, et si je passerais bien encore une heure ou deux à la fenêtre de " Brève histoire d'amour ", j'apprécie tout particulièrement la justesse de "l'Amateur" : là aussi, au-delà de l'alerte sur la responsabilité complexe du cinéaste, même pour de simples courts-métrages documentaires, un film autobiographique y compris dans ses nuances, un regard ému sur des personnages, tenaillés entre leur passion du cinéma et leur propre vie. Il faut voir Jerzy Stuhr se disputer avec sa femme et lui répondre en la "cadrant" entre ses doigts comme dans le viseur, ou encore retourner la caméra vers lui à la fin du film : deux images qu'on n'oublie pas. Et il y en a d'autres !
Le film est interdit au moins de douze ans, ce n'est pas par hasard : certaines scènes sont particulièrement dures parce qu'elles montrent une violence réaliste, bien plus crédible et plus horribles que celle des films dits "violents".
Pour ceux qui vont le découvrir sur ce DVD, Kieslowski filme la lente progression de l'idée d'un meurtre, le meurtre lui-même, puis l'exécution (la corde) en quelque sorte le deuxième assassinat du film. Dans les trois parties, la même précision encore à la limite du documentaire (détails curieux mais qui sonnent vrais, sûrement aussi puisés dans l'observation des gens pour Kieslowski et du comportement des criminels pour Pieciewicz). Les héros sont kieslowskiens, donc ni blancs ni noirs : ainsi, le chauffeur de taxi commet quelques actes antipathiques avant le crime et on pourrait avoir "envie de le tuer" ; Jazek a la tête de "quelqu'un qui va mal tourner", mais en même temps on pense, on espère même jusqu'à la fin qu'il va renoncer : une discussion avec un portraitiste, un sourire aux petites filles qui lui rappelent sa sœur morte, le regard d'un homme juste avant de s'engager sur la route déserte où il sera trop tard pour reculer…



Au hasard des bonus… quand la productrice de Kieslowski parle !
Une surprise encore, les propos d'Irena Strzakowska pour en savoir un peu plus sur les rapports entre Kieslowski et ses commanditaires : "ils lui disaient ce qu'il fallait couper… mais c'est quand même lui qui les avait écrit !!!". Elle précise qu'il était tout juste aimable, ne parlant pas à certains… que, par contre, ils se sont vraiment rencontrés "le jour où il a jeté un paquet de feuilles sur mon bureau en disant : tiens, si tu as le temps, lis ça !"…
Ca, c'était le scénario du "Décalogue".
Ce jour là, elle s'est mise à table, a ouvert le document et en a lu les quatre premières parties d'un trait avant de s'apercevoir que son repas était froid… Elle emploie le mot génial, qu'elle n'aime pas, parce que "c'était magnifiquement écrit" !


"L'AMATEUR" : des bonus très pros…

Agnieszka Holland en parle (interview en français) comme d'un collègue de Lodz qui illustrait bien le principe de collaboration et d'entraide des cinéastes dans cette école. Elle raconte encore que pour "l'Amateur", ils avaient eu au même moment un peu la même idée de film. Puis, il lui a demandé son aide pour la mise en scène du début du film (La naissance d'Irenka…) et elle ajoute, souriante : je crois qu'il n'a pas gardé grand-chose de mon travail !
Elle pense que la récompense de Moscou ("l'Amateur" primé… comme dans le film !) n'a pas été qu'un bien pour Kieslowski. Elle a jeté une ombre sur son travail par rapport aux autres cnéastes… même si on le savait très honnête.
L'entretien est plus un constat de la solidarité et des relations cordiales dans leur travail commun qu'une mine de renseignements sur le film lui-même.


Annette Insdorff donne sa perception de Kieslowski en tant que traductrice (polonais-anglais) et bien sûr auteur du livre "Doubles vies, secondes chances" : ils se sont rencontrés essentiellement sur les voyages américains de présentation des films ("L'Amateur", "Le hasard", "La Double Vie" et "la Trilogie").
Elle évoque des faits relativement connus de ceux qui ont étudié Kieslowski où on assisté à quelque festival, mais qui constituent une bonne introduction pour ceux qui le découvrent.
Nous avons été plus attirés par les propos de Zanussi, qui figure dans "L'Amateur" dans son propre rôle de cinéaste !

"C'était une relation ou l'amitié passait"… raconte Krzysztof Zanussi qui a travaillé avec lui sur les productions polonaises (Zanussi étant le "supérieur" de Kieslowski puis le premier spécialisé dans les productions polonaises et le second vers l'international)
"Il se disait pessimiste mais il ne l'était pas : il se protégeait contre la naïveté, contre un enthousiasme facile…"
"Il aimait les gens, il était cordial. Il les rudoyait parfois mais de la manière de ceux qui tiennent aux autres. Et il voulait que ses collègues fassent des progrès…"
"Le drame de Kieslowski c'est qu'il a été reconnu un peu tard et que si ça avait été à 30 au lieu de 50 ans… il aurait peut-être eu un succès moins amer…"
On y découvre, dans un long entretien, un Zanussi très attaché à la personnalité de l'autre Krzysztof…



Stop, stop, stooooop !
Nous ne pouvons vous donner que quelques extraits, mais il y a des trésors à dénicher dans l'ensemble des interviews…
Ce qu'il manque à ces DVD? Vous le savez :
sortir de la salle et discuter avec de nouvelles rencontres de tout cela (pourquoi pas autour d'une wodka!). Car vous allez avoir du mal à prèter vos DVD pour échanger vos impressions…
Et puis zut, il manque aussi un petit mot de Krzysztof Pieciewicz (le co-scénariste de plusieurs des films présentés), c'aurait été bien. Mais là, je deviens très exigeant. (am)