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 Irène Jacob au Festival “K” (Rousset, 2002)… - MAJ 7 oct.2003

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"LE K KIESLOWSKI",
23 mars 2002, à Rousset
(France
).

> Samedi, 16h30, Irène Jacob dédicace la traduction française du livre d'Annette Insdorf "Doubles Vies, Secondes chances" (Ed. des "Cahiers du Cinéma") Elle a réécrit sa préface en Français spécialement pour cette occasion.

> A 18h40 précises, elle participe avec Philippe Volter au débat :
“Une direction d'acteurs d'une extrême précision” (18h40-19h30)
animé par Alain Martin (a écrit: "Irène Jacob, le double regard")

> Extraits :
Evocation de deux acteurs qui n'ont pu être présent au Festival : à propos de "Bleu", Juliette Binoche évoquait
(DVD mk2 de "Bleu") son talent et ne cachait pas son admiration et ses affinités avec les indications de Kieslowski. Pourtant, elle revenait aussi sur ses hésitations au tournage et concluait (en schématisant) "Ce n'était pas un directeur d'acteur…".
Jean-Louis Trintignant, lui, était "sidéré" et catégorique : "[…] Non, je vous le répète, je n'ai jamais rencontré une telle précision chez un metteur en scène? Incroyable !"
(Télérama spécial Kieslowski, 1994, mais aussi dans d'autres interviews).
Qu'en pensent les deux acteurs présents sur le plateau ?
Irène Jacob était Weronika-Véronique et Philippe Volter , le marionnettiste "manipulateur" de la "La Double Vie".
Alors justement, n'était-ce pas frustrant pour un comédien d'être ainsi "manipulé"?
Irène Jacob commence par dire son plaisir d'être associée à cette réunion, puis elle rappelle comment Véronique prend "très mal" d'avoir été menée par la marionnetiste du film. Elle précise : "Est-ce qu'on vole l'intimité d'un personnage fictif, ou est-ce qu'on vole la sensiblité de quelqu'un?". Pour elle, Kieslowski est tout sauf un manipulateur, puisqu'il a abandonné peu à peu le documentaire pour réaliser avec des acteurs des scènes d'intimité.
Philippe Volter ajoutera pour sa part qu'il l'a "souvent assimilé à un voleur dans le sens positif du terme", parce qu'il ne s'est "jamais senti aussi lâché" par quelqu'un qui lui a permis de se dépasser. "Nous les acteurs, nous savons ce qu'on va nous voler!".
A propos du peu de prises, de la rapidité de tournage…
Irène Jacob rappelle que cela créait "une tension , une urgence dynamisante". Ainsi, Krzysztof "ne pouvait pas être assis dans un fauteuil". Installé tout à côté, on avait l'impression qu'il était là à "presser le moment, le ressort tiré de plus en plus". S'il ne faisait pas de psychologie, il avait "une façon d'analyser les petits moments" et "le don de placer ces choses là… et c'est en cela qu'il pouvait être un bon directeur d'acteurs".
Kieslowski avait déclaré que si les acteurs ne donnaient pas quelques chose de personnel, ce ne serait qu'un cliché, qu'une répétition, et qu'il fallait… "penser avec ses tripes"…
Pour Philippe Volter, effectivement, "l'acteur était laissé à sa propre interprétation" et il croit "que c'est un travail qu'il demande au spectateur". Le comédien enchaîne : "Retournez-vous la question : qu'est-ce qui a fait que mon coeur, mon âme et accessoirement mon intellect ont été bouleversés?".
A Irène, il disait "méfie toi de ton côté évanescent, trouve des choses très concrètes…". Ce qui n'avait pas été facile pour "Rouge", à la scène où elle demande au juge : "Qui êtes-vous?". C'était alors pour elle "complètement abstrait"…
Irène Jacob nous rappelle encore que "ce qu'il aimait bien répéter, c'est qu'il fallait être soi-même. C'est par ta compréhension que tu vas toucher les autres…"
Enfin, est-ce qu'un acteur peut retrouver… un autre Kieslowski?
"Il y a un énorme manque" pour Philippe Volter, mais "je ne crois pas qu'il faille être à la recherche. Il faut espèrer…" Ce qui nous vaut un nouveau souvenir : ayant déjà tourné la scène du marionettiste devant un jeune public, et parce qu'il lui fallait un contre-champ, Kieslowski avait imaginé de faire jouer un autre spectacle : la naissance d'une marionnette, scène qui n'a pas été filmée. Et capturer à nouveau l'émerveillement dans "le regard de ces enfants, j'appelle cela de la grande direction d'acteurs !", conclut-il.
Plusieurs spectateurs s'interrogent sur ces personnes âgées qu'on voit passer au fil des films, tentant de placer une bouteille dans un conteneur à verre, et qui, ignorées par Julie et sans aide de Karol, sont enfin secourues par Valentine dans "Rouge"…
lrène Jacob croit "qu'il était quand même pour celui qui aide".
Une dernière question, comme un problème d'arithmétique : si Kieslowski donnait beaucoup et exigeait beaucoup, et qu'il est quasiment mort d'épuisement sur ses trois derniers films, quel pourcentage ont donné les acteurs qui sont présent à ce débat ?
Irène affirme "franchement, je crois que j'ai tout donné, vraiment !". D'ailleurs, pour Philippe "la question ne se posait même pas", car c'étaient des tournages pour lesquels "techniciens et gens de l'administration se sont coupés en dix-huit pour lui. Ils sont tous allé au bout de ce qu'ils pouvaient faire".


© Dalla Rosa

06:40pm "A sharp actors's director" (Alain Martin & Charles Dobrowski, writing a book: "Irène Jacob, un autre regard". Guests: Irène Jacob, Philippe Volter.

Juliette Binoche and Jean-Louis Trintignant were not at the "K". Howether, in connection with "Blue", Juliette Binoche evokes Kieslowski's talent and shows us her admiration and affinities with his indications. However, she also reconsiders his hesitations on the set and concludes (schematized) "he was NOT an actor's director. "
("Blue" mk2DVD). Jean-Louis Trintignant, " is struck to him " and categorical: " [. ] I repeat it to you, I never met such a precision in a director! Incredible!" ("Kieslowski's Passion" - Telerama Special issue, Paris, 1994). So what? Irene Jacob was Weronika-Veronique and Philippe Volter, the marionnettist "manipulator" in "the Double Life…". More precisely, wasn't it frustrating for an actor "to be thus handled"?

Irene Jacob starts, talling us her pleasure of being associate with this meeting, then she points out how Veronique was in "very bad mood" to be carried out by the marionnetist of film. She specifies: "One does steal the intimacy of a fictitious character, or one does steal the sensiblity of somebody?", the reason why "Kieslowski is all except a manipulator", since he gave up the documentary one little by little to realize scenes of intimacy with actors. Philippe Volter adds he "often compared him to a robber but in the positive meaning of the word", because he "never also smelled itself released" by somebody who allowed him to be exceeded."As actors, we know what one will steal to us! ".

About short and quick shoots, Irene Jacob says he created "a tension, an instigating urgency". Thus, Krzysztof "could not have sat in an armchair!". Installed very close to actors, it seems he was there "to make pressure on the time, like a spring more and more pulled". If it did not spoke "psychology", he had "a way of analyzing the little moments" and "the best place for these "things" and that's why he could be named "a good actors' director".

Kieslowski had declared that if the actors did not give some personal of their own, they would be only "stereotypes", like a repetition, and that they had "to put his heart and soul in the play, to think with their tripes".
Philippe Volter, indeed, think "the actor was free of his own interpretation" and he believes "Kielowski asks for attention of spectator, too" (…) "Reverse the question to you: what made my heart, my sensibility and eventually my intellect were upside-down?".
To Irene, he said "Do not be evanescent, try to find very concrete acting". That wasn't easy for "Red", especially the scene when she asks to the Judge: "WHO are you?". It sounds "completely abstract for me ". Irene Jacob still reminds us that "he liked to repeat, one has to be… oneself. Your comprehension will touch others".

Now, how can an actor find another Kieslowski?
"There is an very big lack", Philippe Volter says, but "I do not believe we have to search… but we can hope for that!" he concludes, adding some other souvenir: having already turned the scene of the marionettist in front of a young public, and because he needed a reverse shot, Kieslowski had imagined to order a new spectacle for children: birth of a puppet, a special scene which was not filmed. So he captured one more time the amazement in "the glance of these children… I call that a great actors' direction!", he concludes.
Several spectators wonder about these old people whom one sees passing from one to the other films in "Three Colors", hardly trying to place a bottle in a container for glass, people been unaware of by Julie and without assistance of Karol, then finally helped by Valentine in "Red".
lrene Jacob believes "nevertheless, he was with one who can help!".

A final question, like an arithmetic problem: "Kieslowski gave much and required much and much, and he almost dead of exhaustion on "Three colours", so how much percentage did the two actors gave to him?
Irene affirms "Frankly, I believe that I very gave, really!". Moreover, for Philippe "the question did not even arise", because "technicians and administratives "cut themselves into eighteen for him". They all made the most of their part."