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"Heaven" de Tom Tykwer sur un scénario de Kieslowski - MAJ sept.2003

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DR

"Filipina !
Ne fais-pas ça, je t'en supplie !"
Heaven & Krzysztof Kieslowski…

L'hélicoptère survole un paysage valloné. Lentement. Image verdatre, virtuelle. La Toscane ?
Exit le simulateur. Philippa ajuste le détonateur sur le pain de plastic, se dirige vers un immeuble de bureau turinois, lunettes noires, déterminée mais inquiète. La musique n'en finit pas de nous l'annoncer, un grondement, quelque chose de viscéral enfle : nous savons bien qu'il va se passer quelque chose de dramatique. Mais quoi ?
Que Tom Tywker, a qui on a confié la réalisation du premier volet de la seconde trilogie de Kieslowski (Paradis-Enfer-Purgatoire) va se planter lamentablement, comme dans tous ces films où les hélicoptères se prennent imanquablement dans un câble ? Parmi les fans de Kieslowski, j'en ai même rencontré un qui travaille dans les hélicos, qui m'avait conté un tournage épique, au ras des poteaux haute-tension ! J'y songe un instant.
Ce sont les premières minutes du film : j'ai l'impression d'être à l'ouverture de la chasse : un an que nous attendons Heaven en France, que nous guettons les critiques bonnes et mauvaises… nous savons bien que Kieslowski ne revivra pas, que les critiques ne vont pas se gêner pour tirer à bout portant ! Peut-être même qu'ils auront raison : que ce film est un navet, un légume, un plat réchauffé…
Tiens, ça commençe mal : dans le scénario original (1999), il y avait une vieille dame dans une cabine téléphonique…
C'était le printemps en Toscane. Les drapeaux flottaient devant la cathédrale, des chevaux galopaient. Dans une rue adjacente, la femme agée, Regina, composait un numéro. Nerveuse.
"Filipina ! Filipina ! criait-elle dans le combiné. Ne fais pas ça, entends-tu ? Ne le fais pas, je t'en supplie !…"
La vieille dame a disparu. Comme la mort de Kieslowski a interrompu le projet.
Mais le projectionniste n'a que faire de nos états d'âme : l'histoire continue, et je ne sais plus bien de qui sont ces plans fluides, ces lumières, ces intentions… Là, le damier de la ville vu d'en haut sur le générique, c'est Tom Tykwer tout craché : le papa de "Lola" est aux manettes… Pourtant, ce gros plan sur les cheveux de Philipa… l'interrogatoire, la lumière du bureau du juge… (un peu trop éclairé peut-être ?), les uniformes des carabiniers remplacent ceux de la police polonaise, et, certes, il y a toujours des sous-titres, mais on parle cette fois-ci italien et anglais…

Tykwer … "un grand directeur d'acteur"
Quand même, on peut imaginer Piesiewicz venu faire un tour sur le plateau : "Vous savez, Krzystof aurait peut-être… vous avez raison, mais il y a aussi que…". Est-ce que des choses comme celles-ci se sont dites pendant le tournage ? Je ne sais pas, je ne sais plus : est-ce que tout le monde se mettrait à aimer Kieslowski aujourd'hui ?
Ainsi, Harvey Weinstein (président de Miramax) rappelle son admiration pour Kieslowski, Cate Blanchett nous cite Krzysztof : "Un tournage est un dialogue", Frederique Dumas de Noé Productions (le partenaire français) nous parle de Tykwer comme d'un grand directeur d'acteur : ça me rappelle un débat kieslowskien !
Une bombe explose. C'était dans le scénario, nous le savions… mais on ne l'a pas vraiment vu arriver. Enfin, pas comme ça !
Le hasard a encore frappé : la bombe dans la corbeille, la corbeille dans la poubelle… l'ascenceur qui monte, les diagonales, les courbes décrites par la caméra : c'était beau, c'était surtout terrible.
Un enfant dit : "on monte très haut, trop haut".
La poubelle, la porte de l'ascenseur s'ouvre : "Mais si, il y a encore de la place, montez avec nous…"
S'il y a au moins une chose d'exacte dans ce scénario et que le film porte avec justesse, c'est la fatalité, la mort stupide, l'irréparable, le prix à payer.
La fille de Julie était morte par accident dans "Bleu". C'est en voulant venger son mari et des enfants morts que Philippa tue des enfants, un homme et une femme. Et sa cible lui échappe… parce qu'une femme de ménage a déplacé la corbeille où se trouvait la bombe. 

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Le Paradis… dans une autre vie…
On retrouve aussi un livreur de lait, un gardien appelé par le Centre de cardiologie, comme autant de référence à l'univers de Kieslowski. Mais peut-être est-il temps de couper le cordon, d'admettre que ce Paradis là… c'est dans une autre vie ! …Pas de Double Vie pour Kieslowski !
Et puis c'est quoi cette Filipinna devenue Philippa ? Philippa et Philippo, nés le même jour, le 23 mai 78. Gémeaux ! On ne va tout de même pas nous refaire le coup des deux Véronique ? Du juge et de son double ? En plus de la fatalité, et de la justice, peut-être que l'amour, cette fois, seraient au rendez-vous ?
Un bémol, ? Si tout reste en suspend, si l'hélicoptère monte très haut, trop haut , je sens moins d'ouverture dans le film de Tykwer. Du sens, oui, mais moins d'espaces libres pour y placer sa propre réflexion.
A la sortie du cinéma, nous avons échangé nos impressions :
"Pour moi, un film est réussi quand il y a de l'émotion, et là, oui, c'est sûr, il y en a !" ¨Puis nous avons parlé du "Décalogue"… et de "Rouge" : Ah, oui, Irène Jacob, bien sûr, mais… qu'est-ce qu'elle devient ?…
Une dernière pensée quand la production de Heaven nous rappelle que "Kieslowski lui-même a toujours souhaité que la trilogie soit l'œuvre de jeunes metteurs en scène"… une pensée pour cette réponse récente dans un forum : "Beyond this the script would have undergone several revisions before being filmed, plus I remain unconvinced that Kieslowski wouldn't have done precisely what he did with the Dekalog and ultimately decided to direct himself."

L'équipe du film
Miramax, associé à X-Filme Creative Pool, Noé Productions et Mirage Enterprises, ont confié le tournage d'HEAVEN à Tom Twyker, le réalisateur remarqué de "Lola, cours Lola !".
Mais on se souvient des avatars des scénarios remontés (Kubrick pour "A.I". ou Welles pour "
Big Brass Ring" !), on attend Twyker au tournant. Il ne lui restait qu'à tourner à sa manière, en pariant plus sur des analogies d'inspiration que sur une copie du style kieslowskien. Un autre montage, d'autres images, un véritable souffle à trouver tout de même pour que cela reste un hommage sans être une caricature. "Heaven" a été présenté en compétition au Festival de Berlin en février 2002.
Avec : Philippa : Cate Blanchett, Filippo : Giovanni Ribisi, le père : Reo Girone, Régina : Stefania Rocca…
Réalisateur : Tom Tykwer, d'après le scénario de Krzysztof Kieslowski et Krzysztof Piesiewicz.
Producteurs : Anthony Minghella, Maria Köpf, William Horberg, Stefan Arndt et Frédérique Dumas.
Directeur Photo : Frank Griebe - Chef monteuse : Mathilde Bonnefoy

Ecoutez encore…
Il y a aussi le son : mélange des rumeurs de la ville et de la musique, mélange de bruits, et les silences qui se prolongent… Une dernière bonne surprise: la musique d'Arvo Pärt, éditée chez ECM (déjà tout un programme) accompagne largement les compositions de Tykwer, comme un retour aux notes pures et parfois pathétiques de la bande son du Décalogue.
(am)


Merci à Noé Productions et Vanessa Jerrom, photos DR.

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"Filipina! Don't do that, please, don't do that!"
Heaven & Krzysztof Kieslowski…

The first ten minutes (for Christophe who was late!)
The helicopter flies over hills. Slowly. We discover a green, virtual landscape. Tuscany?
Exit flight simulator. Philippa adjusts the detonator on a stick of gelignite, moves towards an office building, anxious. The music continues, announcing, rumbling, something visceral…

What will happen? Tom Tywker, director of the first film of Kieslowski's Second trilogy (Heaven-Hell-Purgatory) will crash lamentably, like all helicopters in all movies? Among fans of Kieslowski, I have even met one who works in with helicopters!
First minutes of film: we have been waiting one year in France for… Heaven! We do know that Kieslowski will not live again, that criticisms will shoot Tywker! Perhaps they should be right!...
In the original scenario (1999), an old lady called from a phone box...
Spring in Tuscany. The flags floated in front of the cathedral, some horses… and just round the street, the old woman, Regina, dialed a number. Nervously.
"Filipina! Filipina! she shouted in the phone. Do not do that, can you hear me? Don't do that!"
The old lady disappeared. The project stopped as Kieslowski died.
Now, more pictures : lights and intentions... the city from the sky (by the dad of "Lola, run!", for sure!) … then, this close-up on the hair of Philipa... the office of the judge... (a little too enlightened perhaps?), the uniforms of the "carabinieri" replace those of the Polish police force, there are always subtitles, but one speaks Italian and English, now...

DR

Tykwer like "a great director of actor"
Nevertheless, one can imagine Piesiewicz coming up to comment: "You know, Krzysztof would have... you are right, but… ". Did he said that? I do not know, I do not know any more: would everyone start to like Kieslowski today? Thus, Harvey Weinstein (president of Miramax) points out his admiration for Kieslowski, Cate Blanchett quotes Krzysztof for us: "making a film is a dialogue", Frederique Dumas of Noah Productions (the French partner) tells us: "Tykwer is a great director for actors". This sounds just like some other debate!
The bomb explodes. Just like the scenario said, we knew that... but we did not see emotion coming. Not like that.
The chance still struck: the bomb in the basket, the basket in the dustbin: the lift going up… the diagonals, curves followed by the camera: beautiful, but especially terrific!
A child says: "we go up very high, too high ".
The dustbin, the door of the lift opening… "Go up with us..."
One thing is at least exact in this story, in this movie: fate, stupid death, the irrevocable one, and the price to be paid.
Julie's daughter had died by accident in "Blue". Now, something very different: Philippa killed two children, a man and a woman, wanting to avenge her husband and some dead children. And her target &endash;the dealer who killed so much people&endash; escaped... only because a cleaning lady moved the basket withthe bomb.

The Paradise... in another life, may be...
One finds also a milk-deliveryman, a guard called by a cardiology center, like as much of reference to Kieslowski's universe. But perhaps it is time to admit that this Paradise would be... in another life! ...No Double life for Kieslowski!
What…Hell with Heaven ?!? Why Filipinna became Philippa? Philippa and Filippo, born the same day, May 23rd 1978. Geminies?!? Oh no! Not Weronika and Veronique, at all?!? No judge and his double?
In addition to fate, and justice… love will go on, this time?
The helicopter goes up very high, too high
Anyway, I feel… less opening places in film of Tykwer. Direction, yes, but less opening places to put one's own reflexion there.
But, you have to see HEAVEN… haven't you?
Neither see Kieslowski, nor Tykwer. Just see Heaven…
One more word: when the production of Heaven recalls us that "Kieslowski himself always wished the Trilogy to be worked with young directors"... an answer was given in a forum:
"Beyond this the script would have undergone several revisions before being filmed, plus I remain unconvinced that Kieslowski wouldn't have done precisely what he did with the Dekalog and ultimately decieded to direct himself."

The team for Heaven…
Miramax, associated X-Films Creative Pool, Noah Productions and Enterprises Mirage.
"Heaven" was in competition at the Festival of Berlin in February 2002.
With: Philippa: Cate Blanchett, Filippo: Giovanni Ribisi, the father: Reo Girone, Regina: Stefania Rocca...
Director: Tom Tykwer, according to the scenario of Krzysztof Kieslowski and Krzysztof Piesiewicz.
Producers: Anthony Minghella, Maria Kopf, William Horberg, Stefan Arndt and Frederique Dumas.
Photo Director: Frank Griebe - Head editing: Mathilde Bonnefoy.

Listen to the music!
Listen to: city grumbling and music, mix of noises, long silences… The very surprise: Tom Tkywer used music by Arvo Pärt (label ECM, a reference!): pure and even pathetic melodies, something sounds like in "Decalog"…
am

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"The script was pure, vintage Kieslowski-Piesiewicz, displaying at every turn their inimitable style. I think that Tom Tykwer did a good job with the direction, especially in the first part. (The opening sequence, in particular, was absolutely breathtaking, every bit as great as the car crash in Blue.) I believe he went wrong with most of the second part, adopting a lush, romantic tone […]"
Otello, 15/09/02 sur www.petey.com

"Because of the script's provenance the film invites comparison with Kieslowski's films and the direction is heavy-handed and utterly lacking in subtlety compared to, say, the 3CTrilogy. There's so much depth in Kieslowski's best films that just doesn't appear evident in Heaven."
Richard, 16/09/02 sur www.petey.com

"…Ce contraste entre une situation réaliste et une atmosphère quasi irréelle constitue l'essence même de Heaven : Tykwer a su traduire en images les mots du maître. L'envoutant Heaven est à la hauteur du défi qu'il représentait."
"... This contrast between a realistic situation and an unreal atmosphere constitutes the power of Heaven: Tykwer knew how to translate into images the words of the Master."
Studio, novembre 2002, Thierry Cheze

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