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DR
"Filipina !
Ne fais-pas ça, je t'en supplie !"
Heaven
& Krzysztof Kieslowski
L'hélicoptère survole un paysage
valloné. Lentement. Image verdatre, virtuelle. La
Toscane ?
Exit le simulateur. Philippa ajuste le
détonateur sur le pain de plastic, se dirige vers un
immeuble de bureau turinois, lunettes noires,
déterminée mais inquiète. La
musique n'en finit pas de nous l'annoncer, un
grondement, quelque chose de viscéral enfle :
nous savons bien qu'il va se passer quelque chose de
dramatique. Mais quoi ?
Que Tom Tywker, a qui on a confié la
réalisation du premier volet de la seconde
trilogie de Kieslowski (Paradis-Enfer-Purgatoire) va se
planter lamentablement, comme dans tous ces films où
les hélicoptères se prennent imanquablement
dans un câble ? Parmi les fans de Kieslowski, j'en ai
même rencontré un qui travaille dans les
hélicos, qui m'avait conté un tournage
épique, au ras des poteaux haute-tension ! J'y songe
un instant.
Ce sont les premières minutes du film : j'ai
l'impression d'être à l'ouverture de la chasse
: un an que nous attendons Heaven en France, que nous
guettons les critiques bonnes et mauvaises
nous savons
bien que Kieslowski ne revivra pas, que les critiques ne
vont pas se gêner pour tirer à bout portant !
Peut-être même qu'ils auront raison : que ce
film est un navet, un légume, un plat
réchauffé
Tiens, ça commençe mal : dans le
scénario original (1999), il y avait une
vieille dame dans une cabine
téléphonique
C'était le printemps en Toscane. Les drapeaux
flottaient devant la cathédrale, des chevaux
galopaient. Dans une rue adjacente, la femme agée,
Regina, composait un numéro. Nerveuse.
"Filipina ! Filipina ! criait-elle dans le
combiné. Ne fais pas ça, entends-tu ? Ne le
fais pas, je t'en supplie !
"
La vieille dame a disparu. Comme la mort de Kieslowski a
interrompu le projet.
Mais le projectionniste n'a que faire de nos états
d'âme : l'histoire continue, et je ne sais plus
bien de qui sont ces plans fluides, ces lumières, ces
intentions
Là, le damier de la ville vu d'en
haut sur le générique, c'est Tom Tykwer tout
craché : le papa de "Lola" est aux
manettes
Pourtant, ce gros plan sur les cheveux de
Philipa
l'interrogatoire, la lumière du bureau
du juge
(un peu trop éclairé
peut-être ?), les uniformes des carabiniers remplacent
ceux de la police polonaise, et, certes, il y a toujours des
sous-titres, mais on parle cette fois-ci italien et
anglais
Tykwer
"un grand directeur d'acteur"
Quand même, on peut imaginer Piesiewicz venu faire un
tour sur le plateau : "Vous savez, Krzystof aurait
peut-être
vous avez raison, mais il y a aussi
que
". Est-ce que des choses comme celles-ci se sont
dites pendant le tournage ? Je ne sais pas, je ne sais plus
: est-ce que tout le monde se mettrait à aimer
Kieslowski aujourd'hui ?
Ainsi, Harvey Weinstein (président de Miramax)
rappelle son admiration pour Kieslowski, Cate Blanchett nous
cite Krzysztof : "Un tournage est un dialogue", Frederique
Dumas de Noé Productions (le partenaire
français) nous parle de Tykwer comme d'un grand
directeur d'acteur : ça me rappelle un débat
kieslowskien !
Une bombe explose. C'était dans le
scénario, nous le savions
mais on ne l'a pas
vraiment vu arriver. Enfin, pas comme ça !
Le hasard a encore frappé : la bombe dans la
corbeille, la corbeille dans la poubelle
l'ascenceur
qui monte, les diagonales, les courbes décrites par
la caméra : c'était beau, c'était
surtout terrible.
Un enfant dit : "on monte très haut, trop
haut".
La poubelle, la porte de l'ascenseur s'ouvre : "Mais si, il
y a encore de la place, montez avec nous
"
S'il y a au moins une chose d'exacte dans ce scénario
et que le film porte avec justesse, c'est la
fatalité, la mort stupide, l'irréparable, le
prix à payer.
La fille de Julie était morte par accident dans
"Bleu". C'est en voulant venger son mari et des enfants
morts que Philippa tue des enfants, un homme et une femme.
Et sa cible lui échappe
parce qu'une femme de
ménage a déplacé la corbeille où
se trouvait la bombe.
DR
Le Paradis
dans une autre vie
On retrouve aussi un livreur de lait, un gardien
appelé par le Centre de cardiologie, comme autant de
référence à l'univers de Kieslowski.
Mais peut-être est-il temps de couper le cordon,
d'admettre que ce Paradis là
c'est dans
une autre vie !
Pas de Double Vie pour Kieslowski
!
Et puis c'est quoi cette Filipinna devenue Philippa ?
Philippa et Philippo, nés le même jour, le 23
mai 78. Gémeaux ! On ne va tout de même pas
nous refaire le coup des deux Véronique ? Du juge et
de son double ? En plus de la fatalité, et de la
justice, peut-être que l'amour, cette fois, seraient
au rendez-vous ?
Un bémol, ? Si tout reste en suspend, si
l'hélicoptère monte très haut, trop
haut , je sens moins d'ouverture dans le film de
Tykwer. Du sens, oui, mais moins d'espaces libres pour y
placer sa propre réflexion.
A la sortie du cinéma, nous avons
échangé nos impressions :
"Pour moi, un film est réussi quand il y a de
l'émotion, et là, oui, c'est sûr, il y
en a !" ¨Puis nous avons parlé du
"Décalogue"
et de "Rouge" : Ah, oui,
Irène Jacob, bien sûr, mais
qu'est-ce qu'elle devient ?
Une dernière pensée quand la production de
Heaven nous rappelle que "Kieslowski lui-même a
toujours souhaité que la trilogie soit l'uvre
de jeunes metteurs en scène"
une pensée
pour cette réponse récente dans un forum :
"Beyond this the script would have undergone several
revisions before being filmed, plus I remain unconvinced
that Kieslowski wouldn't have done precisely what he did
with the Dekalog and ultimately decided to direct
himself."
L'équipe du film
Miramax, associé à X-Filme Creative Pool,
Noé Productions et Mirage Enterprises, ont
confié le tournage d'HEAVEN à Tom
Twyker, le réalisateur remarqué de "Lola,
cours Lola !".
Mais on se souvient des avatars des scénarios
remontés (Kubrick pour "A.I". ou Welles pour
"Big
Brass Ring"
!), on attend Twyker au tournant. Il ne lui restait
qu'à tourner à sa manière, en pariant
plus sur des analogies d'inspiration que sur une copie du
style kieslowskien. Un autre montage, d'autres images, un
véritable souffle à trouver tout de même
pour que cela reste un hommage sans être une
caricature. "Heaven" a été
présenté en compétition au Festival de
Berlin en février 2002.
Avec : Philippa : Cate Blanchett, Filippo : Giovanni Ribisi,
le père : Reo Girone, Régina : Stefania
Rocca
Réalisateur : Tom Tykwer, d'après le
scénario de Krzysztof Kieslowski et Krzysztof
Piesiewicz.
Producteurs : Anthony Minghella, Maria Köpf, William
Horberg, Stefan Arndt et Frédérique Dumas.
Directeur Photo : Frank Griebe - Chef monteuse : Mathilde
Bonnefoy
Ecoutez encore
Il y a aussi le son : mélange des rumeurs de la ville
et de la musique, mélange de bruits, et les silences
qui se prolongent
Une dernière bonne surprise:
la musique d'Arvo Pärt, éditée chez ECM
(déjà tout un programme) accompagne largement
les compositions de Tykwer, comme un retour aux notes pures
et parfois pathétiques de la bande son du
Décalogue.
(am)
Merci
à Noé Productions et Vanessa
Jerrom,
photos DR.
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DR
"Filipina!
Don't do that, please, don't do that!"
Heaven
& Krzysztof Kieslowski
The first
ten minutes (for Christophe who was late!)
The helicopter flies over hills. Slowly. We discover a
green, virtual landscape. Tuscany?
Exit flight simulator. Philippa adjusts the detonator on a
stick of gelignite, moves towards an office building,
anxious. The music continues, announcing, rumbling,
something visceral
What
will happen? Tom Tywker, director of the first film of
Kieslowski's Second trilogy (Heaven-Hell-Purgatory) will
crash lamentably, like all helicopters in all movies? Among
fans of Kieslowski, I have even met one who works in with
helicopters!
First minutes of film: we have been waiting one year in
France for
Heaven! We do know that Kieslowski will not
live again, that criticisms will shoot Tywker! Perhaps they
should be right!...
In the original scenario (1999), an old lady called from a
phone box...
Spring in Tuscany. The flags floated in front of the
cathedral, some horses
and just round the street, the
old woman, Regina, dialed a number. Nervously.
"Filipina! Filipina! she shouted in the phone. Do not do
that, can you hear me? Don't do that!"
The old lady disappeared. The project stopped as Kieslowski
died.
Now, more pictures : lights and intentions... the city from
the sky (by the dad of "Lola, run!", for sure!)
then,
this close-up on the hair of Philipa... the office of the
judge... (a little too enlightened perhaps?), the uniforms
of the "carabinieri" replace those of the Polish police
force, there are always subtitles, but one speaks Italian
and English, now...
DR
Tykwer like "a great director of actor"
Nevertheless, one can imagine Piesiewicz coming up to
comment: "You know, Krzysztof would have... you are right,
but
". Did he said that? I do not know, I do not know
any more: would everyone start to like Kieslowski today?
Thus, Harvey Weinstein (president of Miramax) points out his
admiration for Kieslowski, Cate Blanchett quotes Krzysztof
for us: "making a film is a dialogue", Frederique Dumas of
Noah Productions (the French partner) tells us: "Tykwer is a
great director for actors". This sounds just like some other
debate!
The bomb explodes. Just like the scenario said, we knew
that... but we did not see emotion coming. Not like
that.
The chance still struck: the bomb in the basket, the basket
in the dustbin: the lift going up
the diagonals,
curves followed by the camera: beautiful, but especially
terrific!
A child says: "we go up very high, too high ".
The dustbin, the door of the lift opening
"Go up with
us..."
One thing is at least exact in this story, in this movie:
fate, stupid death, the irrevocable one, and the price to be
paid.
Julie's daughter had died by accident in "Blue". Now,
something very different: Philippa killed two children, a
man and a woman, wanting to avenge her husband and some dead
children. And her target &endash;the dealer who killed so
much people&endash; escaped... only because a cleaning lady
moved the basket withthe bomb.
The
Paradise... in another life, may be...
One finds also a milk-deliveryman, a guard called by a
cardiology center, like as much of reference to Kieslowski's
universe. But perhaps it is time to admit that this Paradise
would be... in another life! ...No Double life for
Kieslowski!
What
Hell with Heaven ?!? Why Filipinna became
Philippa? Philippa and Filippo, born the same day, May 23rd
1978. Geminies?!? Oh no! Not Weronika and Veronique, at
all?!? No judge and his double?
In addition to fate, and justice
love will go on, this
time?
The helicopter goes up very high, too high
Anyway, I feel
less opening places in film of Tykwer.
Direction, yes, but less opening places to put one's own
reflexion there.
But, you have to see HEAVEN
haven't you?
Neither see Kieslowski, nor Tykwer. Just see
Heaven
One more word: when the production of Heaven recalls us that
"Kieslowski himself always wished the Trilogy to be worked
with young directors"... an answer was given in a forum:
"Beyond
this the script would have undergone several revisions
before being filmed, plus I remain unconvinced that
Kieslowski wouldn't have done precisely what he did with the
Dekalog and ultimately decieded to direct himself."
The team
for Heaven
Miramax, associated X-Films Creative Pool, Noah Productions
and Enterprises Mirage.
"Heaven" was in competition at the Festival of Berlin in
February 2002.
With: Philippa: Cate Blanchett, Filippo: Giovanni Ribisi,
the father: Reo Girone, Regina: Stefania Rocca...
Director: Tom Tykwer, according to the scenario of Krzysztof
Kieslowski and Krzysztof Piesiewicz.
Producers: Anthony Minghella, Maria Kopf, William Horberg,
Stefan Arndt and Frederique Dumas.
Photo Director: Frank Griebe - Head editing: Mathilde
Bonnefoy.
Listen to the music!
Listen to: city grumbling and music, mix of noises, long
silences
The very surprise: Tom Tkywer used music
by Arvo Pärt (label ECM, a reference!): pure and even
pathetic melodies, something sounds like in
"Decalog"
am
Any comment : contact@irenejacob.net

"The
script was pure, vintage Kieslowski-Piesiewicz, displaying
at every turn their inimitable style. I think that Tom
Tykwer did a good job with the direction, especially in the
first part. (The opening sequence, in particular, was
absolutely breathtaking, every bit as great as the car crash
in Blue.) I believe he went wrong with most of the second
part, adopting a lush, romantic tone [
]"
Otello, 15/09/02 sur www.petey.com
"Because of the script's provenance the film invites
comparison with Kieslowski's films and the direction is
heavy-handed and utterly lacking in subtlety compared to,
say, the 3CTrilogy. There's so much depth in Kieslowski's
best films that just doesn't appear evident in Heaven."
Richard, 16/09/02 sur www.petey.com
"
Ce contraste entre une situation réaliste et
une atmosphère quasi irréelle constitue
l'essence même de Heaven : Tykwer a su traduire en
images les mots du maître. L'envoutant Heaven est
à la hauteur du défi qu'il
représentait."
"... This contrast between a realistic situation and an
unreal atmosphere constitutes the power of Heaven: Tykwer
knew how to translate into images the words of the
Master."
Studio, novembre 2002, Thierry Cheze
More
about Krzysztof Kieslowski?
See www.petey.com/kk/
(books, links, forum
)
Any comment? contact@irenejacob.net
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