Kieslowski

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 Chambéry, 2003 : "La Double Vie…" sans Irène Jacob - MAJ 4 oct. 2003

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"Cycle Kieslowski"
Site Jacob - Université de Chambéry (France),
4-5-6 avril 2003

"Kieslowski croyait en la réalité. Il y croyait si fort qu'il n'a pas ressenti au début de sa carrière le besoin de créer des univers fictifs… mais comme Filip, le personnage de l'Amateur", K. Kieslowski prend conscience du pouvoir de la caméra. Craignant la force du documentaire, le réalisateur se tourne vers la fiction. Le monde entier découvre alors l'univers fascinant de Kieslowski…"
(Programme du Cycle Kieslowski, Florent Viaud, président de l'association "Univerciné")

Voilà, trois jours passés avec "ceux qui l'ont connu" et "ceux qui le découvrent" : une série de rencontres enrichissantes pour tous, avec des projections rares (comme "L'Amateur" (1979), ou le documentaire "Dialogues" (1991), un portrait de Kieslowski tourné en 1991 pendant "La Double Vie de Véronique" et de nombreuses discussions… avec nos commentaires, qui s'étoffent tout au long de cette semaine du retour !
A noter, l'Université de Chambéry, sur la commune de Jacob, dans les hauteurs de Chambéry, est la seule en France a possèder une autorisation d'exploitation, et programme donc chaque mercredi tout au long de l'année différents films. Ce "Clycle Kieslowski" inaugure brillament une série de festivals…



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L'univers sonore et visuel de Kieslowski"
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Les personnages kieslowskiens"
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Du documentaire à la fiction"
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Le thème du double"
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Travailler avec Kieslowski"
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Quelques photos…


>"L'univers sonore et visuel de Kieslowski".
Piotyr Sobocinski avait dit de son travail avec Kieslowski : "nous avons créé ce monde réel et ce hasard de toutes pièces ; du début à la fin, tout était sous contrôle !" Piotr Jaxa, Jean-Claude Laureux, Jacques Witta nous donnèrent quelques éclairages sur l'image, la lumière et le montage très particuliers, très minutiuex de Kieslowski, toujours pourtant au service de l'émotion.


>"Les personnages kieslowskiens"
Après la présentation d'"Irène Jacob, l'autre regard", Alain Martin recueillait les avis des invités (sans acteur, hélas !) et du public sur ces personnages, précis mais étrangement familiers… Il rappelait que ces hommes et ces femmes, sous l'emprise du "génial manipulateur" ne cessent de répéter "je ne sais pas…" ou "qu'est-ce que vous voulez?"… En contraste avec un cinéma où la vérité est établie une bonne fois pour toute, ils restent fragiles et nous interrogent, nous spectateurs… c'est peut-être pour cela qu'on les aime !


>"Du documentaire à la fiction"
Qui pouvait mieux que Caroline Cottier, qui a écrit "Kieslowski: du documentaire à la fiction", parler et faire parler des premiers films de Krzysztof, puis de son évolution vers les films de fiction ? Et de la responsabilité du cinéaste : que doit-il montrer, que ne doit-il pas montrer ? Question en correspondance évidente avec le sujet de 'l'Amateur", projeté juste avant, et toujours actuelle !
Maria Vinckler, de l'association "Cultures d'Europe" a tenu a préciser que l'école de l'Est du document suppose qu'il y a toujours des créations avec un scénario" ! Kieslowski a étudié et travaillé dans l' école célèbre de Lodz (prononcer ± wOOutch) dont Piotr se rappelle bien. "En Pologne, dans les années 60, les étudiants pouvaient accéder aux caméras 35 mm (et pas que russes, c'étaient des marques allemandes !) soit pour réaliser de très brèves fictions de 1 ou 2 minutes dans le cadre de l'école, soit en réalisant des news de 10 minutes commandées et payés par le système, la Propaganda".
Piotr avise une caméra digitale au bord de la scène et commente : "L'Amateur ? Drôle de titre !Qu'est-ce que ça veut dire ? Nous sommes tous des amateurs, et lui aussi [le cadreur], c'est un professionnel !

La vraie qustion, pour Piotr Jaxa, est : "Qu'est ce que nous avons à dire ?""Si nous avons quelque chose à dire, le matériel ne compte pas !
Avec une caméra digitale comme cela, aujourd'hui, on peut commencer aussi à tourner, à éclairer, à faire vraiment du cinéma, c'est merveilleux…"…
"C'est une profession qui vous donne la chance de montrer… mais c'est aussi une responsabilité : quelle image doit-on montrer ?"
Caroline intervient sur ce thème de la responsabilité : "si je pouvais trouver un homme universel !… dit Zanussi dans l'Amateur. Kieslowski, lui, décide alors de montrer des faux morts et de la glycérine… et à partir de "Premier amour", il comprend que pour filmer l'intérieur des êtres, il vaut mieux recréer la réalité."
Surtout, "on pouvait faire le film avant et la censure n'arrivait qu'après !". Alors ils ont appris à l'éviter pour préserver leurs films, comme dans l'Amateur, comme dans les propos de Kieslowski dans "Dialogues" projeté dimanche soir : "c'était comme du slalom : ils mettaient des piquets, et on skiait en les évitant… ils rajoutaient de plus en plus de piquets, et nous ont apprenait à descendre de mieux en mieux, en les évitant !".

Caroline Cottier anime aussi un débat à
Tours le 20 novembre 2003 sur le même thême et après la projection du film "Dialogues" de Ruben Korenfeld.
(photo am)



> "Le thème du double"
La discussion nous entraînait cette fois vers… l'"indicible" !… vers les mille et une interprétations que le film "La Double Vie de Véronique" demande au spectateur… Nous savions déjà que la discussion se tenait sur le terrain du ressenti, plutôt que de l'explication. Pour ou contre le traitement si particulier du film (de "sublime" à "kitch", les qualificatifs sont nombreux !), les invités ne cachaient pas leur… "Fascination des Doubles" (titre du livre de Richard Dalla Rosa qui menait le débat).
Le maître de cérémonie, Florent, avait d'ailleurs prévenu avant la projection que ce film avait vraiment "changé sa vie, son regard sur le monde"… et il n'est visiblement pas le seul !

Richard Dalla Rosa menait le débat. Lui et Alain Martin commençaient à témoigner, l'un d'être sorti de la salle en 93 "défiguré, transfiguré !" a tel point qu'il a eu envie d'écrire son livre pour peut-être éclairer des lecteurs vers ce film, l'autre des "réactions d'émotion nombreuses et internationales pour ce film" lorsqu'une voix s'éleva à l'autre bout du plateau : "Attendez, attendez… moi ce film, je le vois pour la quatrième fois, et il commence à me fatiguer… avec cette mystique qui prend à la gorge, ces effets accentués par la musique aussi ! Quand on connaît Kieslowski, on s'aperçoit bien qu'il y a des moments où il appuie trop sur la spiritualité c'est trop construit, factice et artificiel… Cela me désole d'autant plus que je trouve le personnage du double… fascinant, avec cette quête de l'identité à travers l'autre, l'alter ego…"
Notre intervenant -qui par ailleurs adore le Kieslowski d'avant le Décalogue- avait, vous l'avez compris, choisi un ton un peu provocateur pour réveiller l'assemblée (il était déjà tard : "Trois Couleurs", du théâtre et un débat derrière nous !). Ce qu'il nous raconta ensuite ?
Que même Hegel qui n'était pas vraiment un romantique avait eu cette idée folle qu'il y avait pour chacun d'entre nous un double exact, quelque part dans le monde, une très belle image pour nous consoler de notre condition d'homme seul… quelqu'un qui accompagne notre destinée, qui nous comprend mieux parce qu'il nous ressemble. Que le problème avec le double, c'est qu'en général… ça se termine toujours mal : dans la folie, la schizophrénie, l'accident, qu'en allemand le titre est traduit "Les deux vies de Véronique"…
Richard parle aussi de conversation où on lui a dit, effectivement c'est trop beau, c'est un peu superficiel, mais cela peut faire aussi partie du jeu de Kieslowski, de nous alerter en nous montrant quelque chose de trop beau… Et puis, c'est peut-être aussi un film sur le devenir perpétuel (la chrysalide, le papillon symbolisé par les marionnettes)…
Notre interlocuteur de tout à l'heure remarque qu'on a l'impression que la première Véronique sait qui elle est et qu'elle va mourir, alors que la deuxième n'en sait rien… il parle encore de ces personnages de "passeurs" qu'on rencontre dans la littérature et aussi dans l'œuvre kieslowskienne : des figures allégoriques qui incarnent le destin (ainsi, dans Blanc, l'ami de Karol), mais dans le discours de Kieslowski, ces personnages ne savent même pas pourquoi ils font ça !
Au dédoublement par les miroirs qui ne le convainc pas, notre homme préfère le vrai double qui apparaît dans la plus belle scène selon lui : celle où Véronique regarde la photo de Weronika prise depuis le car…
Ces personnages continuent de dire "je ne sais pas", mais ils le ressentent : la vérité s'énonce de manière intuitive, on montre l'indicible. En clair : on ne peut pas le dire, mais on peut le montrer, et Kieslowski l'a fait !
Une remarque encore à propos de Véronique qui accepte de déposer un faux témoignage pour viol : "Tu vas le faire, toi !" s'écrie son amie. Ni elle, ni nous spectateur, ne le croyons tout d'abord : le côté angélique est déstabilisé, il est devenu cruel. Alain Martin souligne encore que, qu'on aime ou qu'on n'aime pas, Kieslowski a sûrement complètement maîtrisé la forme donnée à ses films, et ce n'est pas une question par exemple de technique ou d'argent soudain plus facile : il a vraiment voulu s'exprimer dans une deuxième période de manière très différente des films précédents.
Richard Dalla Rosa parle lui aussi d'un nouveau discours lié aux années 90, vécues différemment : le témoin d'un nouveau monde. Alain ajoute, faisant référence aux propos échangés quelques heures avant : aujourd'hui Kieslowski, qui était toujours à l'affût des nouveautés techniques et préoccupé de raconter des histoires "autrement" aurait sûrement trouvé, en digital par exemple, une voie nouvelle et complètement différente pour s'exprimer. Comment, nous ne la saurons jamais !
Richard acquiesce : il a toujours été visionnaire dans son temps…
Attention, alerte Jacques Witta : "Kieslowski s'est toujours défendu d'avoir voulu placer des symboles, certains objets ne sont là que pour que le spectateur se pose des questions, et donc… la réponse, c'est à vous de la trouver !" Il pense aussi qu'on a éludé dans le débat : "la transmission. Je n'appellerais pas cela de la télépathie, mais l'échange entre les individus et bien plus que d'un personnage à un autre : le double existe, mais il y a un sens beaucoup plus large, plus humaniste, a donner au film, dans l'universel." Et surtout si on analyse un film… ne dissocions pas les éléments, les détails, les miroirs : c'est un tout, une émotion entière qui nous est donnée.


> "Travailler avec Kieslowski"

La conclusion, dimanche soir. Jacques Witta , au premier plan, qui affirmait par ailleurs : "Le montage ? Il connaissait par cœur ; pour la scène dans le théâtre de "Rouge", il m'a bluffé !".
Il n'y a pas que la technique qui compte : J. Witta et toute l'équipe étaient très émus en évoquant enfin la disparition du réalisateur, qui refusant les grands cardiologues français proposés par Marin Karmitz, préféra être opéré en Pologne, à Cracovie… et devait y mourir une quinzaine de jours après…
La représentante de l'association "Cultures d'Europe" lit d'ailleurs une lettre modeste et chaleureuse de Kieslowski qui leur avait répondu dans les 48 heures, dans la période où il réalisait "Bleu", "Blanc" et "Rouge" à un train d'enfer, pratiquement en simultané !

Tous les invités se retrouvent sur le plateau à cette occasion !
Travailler avec Krzysztof Kieslowski reste un souvenir inoubliable, une expérience incompable pour l''ensemble de ses équipes, ce que le film "Dialogues" illustrait bien.
Lorsque Kieslowski avait aidé à porter des caisses à la fin d'un tournage, on avait protesté que ce n'était pas son rôle. Il avait répliqué : "Mais… le perchman, le cadreur, la scripte… ils tiennent tous quelque chose… je suis le seul qui n'est rien dans les mains !". Avait-il oublié, lui le travailleur acharné, que c'est lui qui portait… le film ?
Le temps nous manque pour vous parler dans l'immédiat des courts et long-métrages projetés, mais nous recommandons la visite du site de Caroline Cottier dédié au "maître-cinéaste polonais" :
http://site.voila.fr/Kieslowski



Merci à Florent et toute l'équipe d'Univerciné (http://univercine.free.fr/) qui nous a accueilli à Chambéry, aux autres invités et passionnés avec qui nous avons partagé quelques instants.

> A voir aussi, le compte rendu de la rencontre de Tours en 2003…

Photos: ©alain martin/www.irenejacob.net

> Les invités présents :
Ceux qui ont travaillé avec lui :
Piotr Jaxa (photographe de plateau et cadreur),
Jean-Claude Laureux (ingénieur du son),
Jacques Witta (chef monteur)…
et ceux qui ont écrit à propos de lui :
Caroline Cottier, Alain Martin et Richard Dalla Rosa : respectivement deux mémoires, une biographie atypique et un récit fasciné et fascinant…
Malheureusement, les circonstances ont empêché la venue d'Irène Jacob, Florence Pernel et Philippe Volter, également conviés,
mais qui ont assuré leur soutien à la manifestation.




Ceux qui ont travaillé avec Kieslowski parlent : Piotr Jaxa (photographe et seconde caméra sur "Rouge"), Jean-Claude Laureux (son) et Jacques Witta (montage)&endash; en pleine discussion avec Caroline Cottier (au centre).
During many discussions, those who had worked with Kieslowski are speaking: Piotr Jaxa (photographer and second camera on "Red"), Jean-Claude Laureux (sound) and Jacques Witta (editing) debating with Caroline Cottier center, author of "Kieslowski: from documentary to fiction".




A droite, Piotr Jaxa est intarissable quand il évoque l'équipe soudée qui entourait Kieslowski, lui qui travaillait, observait, écoutait ses collaborateurs… mais savait aussi trancher ! Passé au numérique dans son travail, Piotr Jaxa pense qu'on a simplement besoin de deux ingrédients essentiels : "L'amour et Photoshop®" et il aime à répéter qu'on peut "acheter le matériel… mais pas l'imagination !"
Now working with digital camera or processing, Piotr Jaxa thinks that one simply needs two essential ingredients: "Love and Photoshop®" (!)…ansd he still repeats that one can "buy material… but not imagination!"


Samedi : coup de… théâtre ! Cette fois, ce n'est pas Kieslowski qui vient nous visiter mais ses personnages ! Pour quelques instants, avant la projection de "Bleu", Julie se remet au piano pour terminer le Concert pour l'Europe… et Valentine et le Juge se retrouvent sur scène…, juste avant "Rouge" ! (Compagnie La Mandragore)
L'idée ne pouvait que plaire aux auteurs présents d'"Irène Jacob, l'autre regard", eux qui ont choisi de faire dialoguer Irène et ceux qui l'entourent dans le livre présenté en exclusivité à Chambéry…
Saturday: Theatre! Before "Blue", Julie is going back to the piano to achieve "the Concert for Europe" and Valentine and the Judge are standing on stage, talking before "Red"! (by "La Mandragore")

Dans la salle, le débat se poursuit, entre partisans du Kieslowski d'avant ou d'après "le Décalogue", entre ceux qui ont aimé ou pas, entre rigueur et kitsch, entre conscience politique et humanisme un peu dépassé… avec ceux qui voudraient comprendre, savoir, déchiffrer des symboles… même si Krzystzof les aurait tous arrêté en disant : "Tak, tak, OK, OK, c'est cela, peut-être que c'est cela… AUSSI !"
D'ailleurs, tout le monde s'est réconcilié à la projection du portrait de Kieslowski sur le tournage de "La Double Vie de Véronique" : "Dialogues" de Ruben Korenfeld (document rare)…
Comme précisé pendant les débats, nous vous recommandons aussi le documentaire "Krzysztof Kieslowski: I'm so-so" par Krzysztof Wierzbicki (1995) disponible sur Internet en VHS NTSC, voir www.firstrunfeatures.com
The discussion goes on in the audience, between partisans of Kieslowski "before" and "after" "the Decalogue", between those who likes or not, between rigour and kitsch, between political conscience and a little excessive humanism… But Krzystzof would have stopped everybody, while saying: "Tak, tak, OK, OK… perhaps that it the explnation… TOO!"
Moreover everyone agreed with the projection Kieslowski's portrait during "the Double life of Veronique": "Dialogues" by Ruben Korenfeld (Polish dialogues, french subtitles). This film is no longuer available, but you can afford "Krzysztof Kieslowski: I'm so-so" directed by Krzysztof Wierzbicki (1995) - 56 min. - VHS NTSC, (www.firstrunfeatures.com).



Quelques photos…

A gauche, séance de signatures pour Richard Dalla Rosa : la presse est là mais aussi…
une jeune inconnue qui rêve devant "La Fascination des Doubles"




"Il y a une belle lumière" quand Piotr Jaxa franchit la porte de l'"Hôtel des Princes"…


Et bien sûr, les projections : ici "ROUGE" côté cabine (amorce de la copie de mk2) et dans la salle :
"Tu penses à qui ? C'est pas toi…"



RAPPEL DU PROGRAMME

VENDREDI 4 AVRIL :
Tu ne tueras point,
Le point de vue du gardien de nuit

SAMEDI 5 AVRIL :
Trois couleurs: Bleu - Le bureau
Discussion : "L'univers sonore et visuel de Kieslowski"
Trois couleurs: Blanc
Sept femmes d'âge différent
Trois couleurs: Rouge
Le Refrain
Discussion : "Les personnages kieslowskiens"

DIMANCHE 6 AVRIL :
L'Amateur
Discussion : "Du documentaire à la fiction"
La Double Vie de Véronique
Discussion : "Le thème du double"
Projection du "making of" de La double vie de Véronique ("Kieslowski: dialogues")
Discussion : " Travailler avec K. Kieslowski"